COLLECTIF FAIS ET RÊVES En fin d’année blanche pour les intermittents et en pleine réforme de l’assurance chômage, cet irréductible petit groupe d’artistes joue à triturer la valeur travail pour mieux en extraire le sens, ou plutôt le non-sens. Irrésistible, leur spectacle Vivarium mêle musique pop, théâtre d’objets et vidéo avec de vrais Playmobil® aux mains carrées dedans.

Dans Ligne de crête, Maguy Marin mettait en scène des danseurs aux gestes répétitifs, mécaniques, nappés de sons industriels agressifs. Dans Vivarium, le musicien Vincent Jouffroy choisi le chant robotisé d’une imprimante matricielle pour saturer l’espace. Ces deux spectacles parlent chacun, à des années d’intervalle, du monde travail. Alors que le premier dénonçait l’aliénation, le second questionne, avec un réel goût pour l’absurde, armé de l’humour loufoque, la poésie de l’Oulipo et d’un sens aigu du bricolage, l’utilité ou l’inutilité de situations professionnelles.
Vivarium est né de l’imagination fantasque de Roxane, Augustin, Édouard, Vincent et Mathieu. Certains font partie des collectifs néo-aquitains reconnus : OS’O pour le théâtre, I Am Stramgram pour la musique. La plupart se sont rencontrés il y a dix ans au conservatoire. D’autres se sont greffés sur ce petit groupe joyeux de désormais trentenaires qui aiment les aventures collectives à dimension variable.
Récemment, en pleine pandémie, ils ont été jugés « non-essentiels ». Eux qui avaient cru que le spectacle vivant, c’était l’endroit idéal pour décaler les regards, penser et éclairer notre présent et participer à la construction d’esprits libres ont trouvé l’accusation d’autant plus injuste que leur génération a vu fleurir de nouveaux intitulés de postes rutilants qui « semblent tenter de camoufler la béance de leur vacuité ».
L’idée d’en faire un spectacle n’a pas tardé à germer, pour s’interroger sur les métiers utiles et ceux qui ne le sont pas, et jouer avec ce qui est essentiel et ce qu’il ne l’est pas.
Dans une scénographie inspirée à la fois de Jacques Tati et d’un univers très cartoon, trois chercheurs, laborantins à la Buster Keaton, et passionnés par leur objet de recherche (le travail), sont surmotivés pour tester (sur eux-mêmes) les conséquences du bullshit job, décrit par l’anthropologue David Graeber comme cette « forme d’emploi rémunéré qui est si totalement inutile, superflue ou néfaste que même le salarié ne parvient pas à justifier son existence ». Bore-out causé par l’ennui, burn-out lié à la surcharge de travail ou brown-out provoqué
par une perte de sens : nos trois Géo Trouvetou vont traverser tous ces états.
Une inspiration pop, du théâtre d’objets filmé en vidéo et beaucoup de très bonne musique font de cette nouvelle création un spectacle absolument essentiel.

Henriette Peplez

Vivarium, mise en scène collective d’Édouard Bonnet, Roxane Brumachon, Mathieu
Ehrhard, Vincent Jouffroy et Augustin Mulliez
,
jeudi 27 janvier, 20h30,
Le Rocher de Palmer, Cenon (33).
lerocherdepalmer.fr
mardi 1er mars, 20h30,
Théâtre municipal Ducourneau, Agen (47).
www.agen.fr