JEAN-MICHEL LEYGONIE. En 15 ans, ce passionné est parvenu à la sueur de son front (et de celui de son fils Élie qui l’a rejoint dans l’entreprise) à imposer avec le festival Éclats d’Émail Jazz, dont il est le directeur artistique, un rendez-vous à Limoges suivi par un noyau de plus en plus étendu d’inconditionnels. L’édition 2020 marque une nouvelle étape de taille. Bilan et perspectives.

Propos recueillis par José Ruiz

Élie et Jean-Michel Lygonie©Jean-Baptiste Millot

Quoi de neuf ?

Cette année, nous sommes deux salariés, depuis le 1er janvier, dans l’association. Désormais, mon fils Élie travaille à temps plein, et c’est une très bonne chose pour le festival. Jusque-là, il était prestataire extérieur, mais l’évolution du festival ces 3 dernières années a rendu indispensable cette création de poste pour assurer l’ensemble des missions. L’édition 2019 a été un grand succès, grâce aussi au soutien de la Région ; fréquentation en hausse très importante et rajeunissement du public dans la catégorie 25/40 ans. C’était très visible. Nous commençons aussi à avoir un public de jeunes retraités qui viennent passer les fins de semaine, à partir du jeudi. La fréquentation des hôtels nous a permis de le constater. Nous vérifions à chaque édition que nous avons un groupe d’assidus, entre 800 et 900 personnes qui viennent à plusieurs concerts, et on retrouve les mêmes noms d’une année à l’autre. Nous atteignons ainsi autour de 5 000 entrées payantes, et une fréquentation qui dépasse les 10 000.

James Carter©Pierre-Yves Salique

Une édition anniversaire quelque peu compliquée, non ?

Notre programmation était prête dès le 16 mars. Nous avons attendu, modifié quelques concerts, et, mi-mai, le programme était en ligne. Il y a eu quelques déprogrammations, et malheureusement l’annulation du concert de Tony Allen… Aujourd’hui, le programme est définitif avec des artistes dont nous sommes assurés de la venue. Si les salles qui nous accueillent ont tardé à ouvrir leur billetterie début septembre, la nôtre est en place depuis début octobre. Nous travaillons en distanciation physique avec des jauges restreintes. Nous avons dû refaire trois fois le budget, en mai, en juillet, et les dernières annulations de septembre nous ont conduits à le reprendre.

Diriez-vous que vous partiez de zéro en créant le festival en 2005 ?

Pas exactement. Limoges a toujours été une terre de jazz. Duke Ellington, Louis Armstrong sont passés par ici. Il y a toujours un Hot Club, plutôt traditionnel – New Orleans, swing et gospel –, mais qui a le mérite d’exister et de proposer 3 concerts par an. Dans les années 1970 et 1980, on a eu une période free jazz, les grands du genre ont joué à Limoges. Puis, il y a eu le festival Jazz en Limousin, dont je me suis occupé pendant 6 ans, avec une programmation régionale. Il y a toujours eu une tradition autour du jazz ici.

« Sans être un label de bêtes à concours, nous en sommes quand même à 7 Victoires du jazz en 15 ans ! »

Et 15 ans plus tard ?

Aujourd’hui, l’objectif est d’en faire un vecteur de communication, d’action et d’esthétique musicale nettement renforcé par la ville et son territoire. Nous devons être cohérents et mutualiser les forces. 11 jours de festival ont de quoi satisfaire nos publics et notre goût pour l’éclectisme. Nous ne privilégions pas un genre en particulier. Au contraire, nous ouvrons largement. Le but du jeu reste d’être aussi très présents sur la création, près des compositeurs originaux, la jeune école française et européenne, sans oublier ce qu’ils font, aux Amériques, parce qu’en général, ils le font bien. Il faut bien observer et mettre en avant le renouvellement des générations chez eux. Nous avons pas mal de Cubains aussi, cette année, avec le groupe du contrebassiste Felipe Cabrera, et une jeune batteuse, Yissy García, qui vient pour la première fois en Europe avec sa formation Bandancha. Elle fera parler d’elle dans très peu de temps.

Parallèlement, vous avez fondé le label de disques Laborie Jazz, l’année suivant la création du festival. La passerelle semble fonctionner entre les deux.

Oui, surtout depuis 4 à 5 ans. Au début, j’ai préféré séparer les deux projets, et, au fil du temps, les choses ont évolué. Nous avons plusieurs artistes du label chaque année et sommes fiers de les afficher. Notre label a obtenu deux Victoires du jazz 2020 avec l’Orthézien Paul Lay – Victoire de l’artiste instrumental – et Leïla Martial qui a décroché une Victoire catégorie artiste vocal. Sans être un label de bêtes à concours, nous en sommes quand même à 7 Victoires du jazz en 15 ans ! En outre, le développement des licences nous a permis de faire des rencontres intéressantes.

Il ne vous manque plus qu’un lieu d’accueil ?

Bien sûr. Un lieu de diffusion, même petit, entre 100 et 200 places, serait suffisant pour que nous puissions nous positionner lors de tournées internationales, mais surtout pour aider nos artistes, et permettre à ceux qui sont au conservatoire et veulent faire du jazz de venir pratiquer, de rencontrer d’autres artistes. Nous sommes la seule région qui n’a pas de département jazz dans le conservatoire régional. Il n’y a plus de pianistes ici, plus de contrebassistes, et des pans entiers de pratiques n’existent plus. En revanche, avec 2 écoles de batterie privées, nous avons pléthore de batteurs !

Éclats d’Émail Jazz Festival, du jeudi 19 au dimanche 29 novembre, Limoges (87).

www.eclatsdemail.com