CHÂTEAU D’OIRON

Dans les Alpes suisses, l’hôtel Furkablick devient à partir de 1984 un lieu de réflexion et de production baptisé FurkArt. Retour sur cette aventure épique en compagnie de Thomas Rodriguez qui signe l’exposition « FurkArt ephemera ».

Quelle a été votre première rencontre avec FurkArt ?

Ça remonte à 2014. Olivier Kaeser et Jean-Paul Felley – à l’époque, directeurs du Centre Culturel Suisse – avaient consacré un petit focus sur cet événement au Centre Pompidou à l’occasion du Nouveau festival. De là, je me suis fortement intéressé au projet. Je me suis rendu compte qu’il y avait beaucoup d’artistes français qui avaient participé à cette aventure. J’ai rencontré ces gens qui habitaient à Paris et commencé à récupérer leurs témoignages. Il y avait Paul-Armand Gette, Jean Le Gac, Claude Rutault et bien d’autres… Puis le projet a pris de l’envergure. J’ai voyagé en Europe, surtout en Belgique et en Suisse, pour rencontrer d’autres personnes. En tout, j’ai réalisé une trentaine de vidéos. Et en parallèle, j’ai commencé à collectionner les ephemera de cet événement.

C’est-à-dire ?

Tout ce qui a une valeur informative. Ça va être des programmes, des flyers, des cartes postales, des cartons d’invitation, des affichettes, etc. Ce type de documents. La collection a pris de l’ampleur et j’ai eu envie d’en faire un livre.

Comment se construit l’exposition ?

Elle rassemble ces documents originaux et des écrits avec, en satellite, des vidéos de témoignages filmés d’artistes que je choisis en fonction du lieu d’exposition. Pour Oiron, on a décidé de faire un focus sur les artistes présents dans la collection Curios & Mirabilia, créée en 1993 par Jean-Hubert Martin, qui a bien connu la période FurkArt lorsqu’il était directeur de la Kunsthalle de Berne dans les années 1980. Il y a beaucoup de concordances d’artistes et de temporalité aussi.

Comment a débuté l’aventure Furk’Art ?

En 1983, Marc Hostettler, qui était galeriste et surtout éditeur de sérigraphies, recevait l’artiste américain James Lee Byars pour une expo à Neuchâtel. Ce dernier a proposé de faire une performance appelée « A drop of black perfume » au col de la Furka qui culmine à 2 429 mètres d’altitude. Là-bas, il y avait un hôtel fermé depuis une dizaine d’années et ils se sont dit que ce serait fantastique de faire quelque chose avec ce lieu. Un an après, la première saison de FurkArt était inaugurée en compagnie des performances de James Lee Byars, Joseph Beuys, Marina Abramović & Ulay, Yutaka Matsuzawa et Panamarenko.

Pendant une décennie, une flopée d’artistes a participé à FurkArt : Daniel Buren, Terry Fox, Jenny Holzer, Richard Long, Lawrence Weiner ou Rémy Zaugg. Comment cela se déroulait-il ?
Les artistes venaient sur l’invitation de Marc. Seulement un ou deux par saison, ils ne se croisaient pas forcément. Ils découvraient le lieu, discutaient, se confrontaient à ce paysage très fort, très rude, au climat très changeant et généralement ils revenaient l’année suivante pour faire quelque chose. Une performance ou une sculpture éphémère, qui n’était pas destinée à rester, mais qui, pour certaines, sont encore là.

« FurkArt ephemera »,
jusqu’au dimanche 3 avril, château d’Oiron, Oiron (79).
www.chateau-oiron.fr