LES RICHES HEURES DE LA RÉOLE

Du 26 au 29 septembre, le festival de musiques anciennes célèbre l’Europe des musiciens en huit concerts dont une création originale pour le 30e anniversaire de la chute du mur de Berlin.

Sandrine Chatelier

« Aujourd’hui, dans le monde, il y a 70 murs qui séparent des hommes. Le dernier en date étant celui construit entre les États-Unis et le Mexique », remarque Jean-Christophe Candau, directeur artistique des Riches Heures de La Réole. Ici, les musiques anciennes sont vues comme un moyen de revenir à la source, de saisir le sens de la musique et la place qu’elle occupe dans la vie des Hommes. C’est sans nul doute l’âme de ce festival qui le rend si attachant.

Cette 11e édition raconte l’histoire de l’Europe à travers la vie des musiciens. À commencer par la chute du mur de Berlin dont on célèbre le 30e anniversaire (vendredi 27, église de La Réole). Parmi les images fortes, le célèbre violoncelliste Mstislav Rostropovitch à Checkpoint Charlie, point de passage entre Est et Ouest : dans le fracas, le musicien joue les Suites pour violoncelle de Bach. La fin du rideau de fer aura aussi pour conséquence l’émergence de compositeurs inconnus à l’Ouest, comme l’Estonien Arvo Pärt.

Pour évoquer cet épisode historique, une création originale est programmée avec une installation de musique électronique. Berlin n’est-il pas le berceau et la plaque tournante de ces musiques ? On trouvera Claire Gautrot au violoncelle pour les Suites de Bach ; Les Chantres de Paris pour le De Profundis d’Arvo Pärt ; Paul Goussot, « musicien magnifique mais aussi improvisateur », poussera la puissance des orgues afin de restituer ce que fut ce séisme politique ; et aux machines, Julia Hanadi Al Abed devrait créer des boucles de sons à partir d’extraits d’archives sonores de la destruction du Mur et de la musique produite en temps réel. 

Dans ce voyage en Europe, bien sûr, une escale est prévue dans le berceau des arts en Occident, la Grèce. De grands chantres de l’Église Orthodoxe grecque proposeront l’un de leurs joyaux, la Liturgie de saint Jean Chrysostome (samedi, 17h30, église de La Réole). Au programme aussi, l’Italie, en partenariat avec Cathedra (jeudi, 20h30, cathédrale de Bordeaux). L’ensemble Odhecaton interprétera la Missa Papae Marcelli (Diapason d’or) de Palestrina (1525-1594) pour commémorer le 425e anniversaire de sa mort. « La légende raconte que c’est grâce à cette messe que le pape a renoncé à interdire la polyphonie dans la liturgie. »

Direction l’Espagne avec l’ensemble Danserye (dimanche 29, 15h, cathédrale de Bazas). Cet orchestre à vent arrivera avec une armada d’instruments unique au monde, composée de copies d’instruments anciens. Il jouera des musiques du xvie siècle que l’on entendait aussi bien à l’église que sur les places. La frontière entre sacré et profane était mince. 

Poursuite du voyage avec escale française. Vox Cantoris interprétera pour la première fois depuis le xviie siècle un requiem déniché dans la bibliothèque de l’abbaye de Royaumont (samedi, 21h, église de La Réole). Il faudra aussi voir ce jeune ensemble français très prometteur, Libera Me. Il puise dans la malle « chanson française » et parcourt le continent avec les « tubes » qui ont inspiré les plus grands compositeurs des xvie et xviie siècles (vendredi, 15h, église Saint-Pierre). Où l’on s’aperçoit que les chants d’oiseaux étaient une thématique récurrente et non le seul apanage de Janequin ou plus tard de Messiaen.

Les Riches Heures de La Réole,
du jeudi 26 au dimanche 29 septembre.
www.lesrichesheuresdelareole.fr