PROGRAMME SUITE

À Bordeaux, l’espace d’exposition de la Fabrique Pola accueille cet hiver une double exposition réunissant le travail de Sara Favriau et Simon Nicaise.

Films, sculptures et images investissent la galerie de la Fabrique Pola. Signées Sara Favriau et Simon Nicaise, ces pièces découlent d’un travail au long cours, soutenu par le Centre national des arts plastiques (Cnap) dans le cadre du programme Suite.
Ce dernier s’est poursuivi à Bordeaux, où les deux lauréats de la bourse Cnap ont été escortés pendant plusieurs semaines sur la production et la diffusion de leur projet par l’association Zébra3.
Celui de Sara Favriau croise le fonctionnement et l’évolution des forêts dans un contexte de perturbations et de changement global. Depuis quelques années, cette diplômée de l’école des beaux-arts de Paris a en effet entamé une collaboration avec un biologiste : Nicolas Martin, de l’URFM, unité de recherche des forêts méditerranéennes à l’INRAE
Avignon. Son savoir scientifique innerve depuis ses orientations artistiques. En témoigne son arbre-pirogue issu d’une forêt locale qu’elle a fait naviguer de la Villa Noailles à la Fondation Carmignac.
La vidéo de cette traversée s’invite dans l’espace d’expositions et dialogue avec une autre qui restitue l’incendie d’une cabane. Exposée cet été au parc aux Angéliques à Bordeaux, puis brûlée à l’issue d’une procession, cette sculpture d’un abri précaire a été réalisée à partir de tasseaux de douglas. « Cette essence, explique Sara Favriau, est un peu problématique parce qu’on en fait beaucoup. Le douglas est résistant, pousse rapidement, mais la multiplication des monocultures de ce type de résineux appauvrit les sols. » Les cendres et les débris de cette cabane trouvent dans l’espace d’exposition une seconde vie, qui se matérialise dans des sculptures minimales. Clin d’oeil aux oeuvres
de jeunesse de Giacometti, cet ensemble croise des anthotypes déclinant la silhouette évanescente de la même cabane.
Nourri d’enjeux environnementaux, de finitude et de résurrections poétiques, le travail de Sara Favriau partage l’espace avec les œuvres de Simon Nicaise qui, à ses dires, aime à « mettre sur le banc d’essai des matériaux et des objets pour tester leur charge d’émotivité ». Il y a trois ans, ce diplômé de l’école des beaux-arts de Rouen a entamé un tour de France inspiré par les Compagnons du Devoir. Motivé par la transmission, le partage et les opportunités d’élargir le spectre de son savoir-faire auprès d’artisans détenant des techniques spécifiques, Simon Nicaise a travaillé avec Antoine Bénély, le chaudronnier-soudeur de l’atelier de Zébra3. Le fruit de ces expérimentations s’incarne dans un corpus de pièces qui reconstituent en partie l’espace de travail.

Anna Maisonneuve

« Sara Favriau – Rapidement, je compris que mon mental s’activait à résoudre
l’urgence et ! qu’injonction faite à cet état, il ne fallait pas fléchir »
« Simon Nicaise – Tour de France »

jusqu’au dimanche 20 février,
Polarium, Fabrique Pola, Bordeaux (33).
www.zebra3.org