Temporairement privée de son Frac-Artothèque, la capitale du Limousin attend pour le printemps 2022 la livraison d’un bâtiment historique à plus d’un titre.

Visite du Chantier des futurs locaux FRAC-Artothèque du Limousin à Limoges le 11 février 2021

Les glissements sémantiques ne sont jamais anodins. Pendant près de trois décennies, entre 1991 et 2018, impasse des Charentes, la galerie des Coopérateurs, en contrebas du Théâtre de l’Union, abritait dans ses 450 mle Frac-artothèque du Limousin. Une adresse qui se méritait pour tout non-limougeaud, mais valait sacrément le détour, ne serait-ce que pour cette perspective ininterrompue de 45 mètres et cette succession d’arches en pierre.

Désormais, l’institution s’appelle Frac-Artothèque Nouvelle-Aquitaine avec nouveau logo et typographie créée sur mesure par une jeune artiste en résidence à Felletin. Pour Frédéric Bernardaud, président de l’institution, ce changement dépasse les enjeux d’une charte graphique comme ceux des éléments de communication, « cette maison est un lieu pour Limoges et pour la région. Elle va transformer la vie de la cité ».

Là encore, le choix des mots revêt une singulière importance : le futur s’écrit désormais rue Charles Michels et la « maison » en question n’est autre que l’ancien bâtiment de l’imprimerie Plainemaison, conçu en 1893 par l’architecte Rouchaud. Jadis, cet emplacement était occupé par un couvent d’Oratoriens, fondé au début du XVIIe siècle. 

Et, pour un supplément d’histoire, la vénérable imprimerie familiale, dédiée à l’administration (la préfecture de la Haute-Vienne, la Ville de Limoges ou la Compagnie française des chemins de fer d’Orléans et de Bône figuraient parmi ses clients) laissa place au magasin de tissu en gros Treuil et Brunaud, puis la société Desvilles et fils et, enfin, l’enseigne Eurodif.

Optimisation

Acquis en 2014 par la Région Limousin dans le but d’y accueillir le Frac-artothèque, ces 2000 m2 dévoilent une construction incroyablement lumineuse, portée par une structure métallique (comme celle des halles de la place de la Motte). Mis à nu, le bâtiment offre immédiatement au regard ses atouts : deux niveaux de coursives sur trois côtés, une verrière zénithale, de vastes baies sur les façades avant et arrière.

« Cette hauteur, cette lumière constituent une chance. C’est un lieu génial pour l’art ! J’ai toujours milité pour une architecture sobre afin de mettre en valeur les œuvres et la scénographie. » L’enthousiasme de Dominique Jakob, de l’agence d’architecture JAKOB+MACFARLANE (le restaurant Georges du Centre Georges Pompidou, les Docks-Cité de la Mode et du Design à Paris, ce sont eux), bat en brèche l’ineffable antienne du défi à relever ou de la contrainte. Le duo a compris l’essentiel : optimiser.

Visite du Chantier des futurs locaux FRAC-Artothèque du Limousin à Limoges le 11 février 2021

Ainsi, « les coursives seront dévolues aux expositions, le mur du fond sera plâtré pour devenir une cimaise, l’artothèque occupera le premier étage, le deuxième sera celui des bureaux ». Toutefois, la mission ne saurait se résumer à l’optimisation du bâti. « La rue sera l’interface entre le lieu et le public grâce à une façade connectée, prolongeant l’exposition des œuvres. »

Et c’est là qu’entre en jeu un partenaire inattendu : Cap Sciences. Fort de son expertise en la matière, l’opérateur bordelais assure la maîtrise d’œuvre du versant numérique du nouveau site. Concrètement, le Frac-Artothèque Nouvelle-Aquitaine pourra s’enorgueillir d’une façade panoramique, constitué de volets mobiles et pilotables en résille de LED. « Cette façade est destinée aux artistes pour diffuser directement dans la rue. C’est une volonté d’échange, mais le vrai pari, c’est de créer du potentiel, des potentiels. On ouvre les champs du possible », reconnait Raphaël Dupin, directeur général de Cap Sciences. Loin du gadget, l’objectif est bien de transformer la façade en espace de création et de diffusion.

Frédéric Bernardaud ne dit pas autre chose. « Le levier numérique doit agir comme levier de propositions, susciter dynamique et intérêt pour le public, et, à terme associer les entreprises du patrimoine vivant du territoire néo-aquitain. »

Transparence et accessibilité

L’enjeu côté rue est tout sauf anodin. Selon Dominique Jakob, « La rue lie le lieu et le public. À la façade connectée, s’ajoute le café-lecture, lieu d’accueil et d’échanges. » Des gestes simples mais forts pour ancrer le Frac-Artothèque Nouvelle-Aquitaine non seulement dans l’hyper-centre de la ville, mais aussi dans l’inconscient collectif. Déambuler en apercevant des œuvres et un espace convivial participe au rayonnement de l’institution au même titre que ses actions de médiation.

Médiation toujours avec l’un des clous du futur écrin : la boîte immersive. Ce cube de 36 m2, équipé sur 5 faces (4 murs de 3,50 m par 6 m et un sol de 6 m par 6 m) de vidéoprojecteurs permettra à une dizaine de personnes de partager une expérience audiovisuelle en totale immersion. On n’ose imaginer l’étendue qui s’offrira : expérimenter une œuvre commandée à dessein, visiter les réserves, baguenauder dans les collections des 3 Frac néo-aquitains, partir à la découverte d’ateliers d’artistes… « La programmation sera libre, on refuse les choses figées au profit de la pluralité des propositions », renchérit Raphaël Dupin.

Parce qu’il faut toujours parler à un moment ou un autre argent, le coût global, hors acquisition du bâtiment s’élève à 6,3 M€. Une enveloppe plutôt raisonnable en cette période fortes contractions budgétaires. « Une friche industrielle en voie de réhabilitation, c’est très gratifiant, mais il s’agit également d’un geste vers la culture. Nous poursuivons et affirmons nos investissements dans un moment fort compliqué. » Des propos d’Alain Rousset, Président de la région Nouvelle-Aquitaine, à même de mettre un peu de baume au cœur à la filière des arts plastiques et visuels, réduite par la situation sanitaire à des actions en médiathèques, comme de saluer son indéfectible soutien à l’équipe du Frac-Artothèque Nouvelle-Aquitaine.

« Il faut prendre le temps de bien faire en attendant la livraison. C’est fondamental. On maintient l’histoire du bâtiment avec ce témoignage. » Discrète allusion au retard engendré par la mauvaise surprise de découvrir que la structure métallique était enduite de peintures au plomb qu’il a fallu traiter sans perdre de temps. Néanmoins, qu’Alain Rousset se rassure, Dominique Jakob est certaine : le chantier sera achevé au printemps 2022. Tous les espoirs sont permis : le Frac-Artothèque Nouvelle-Aquitaine ne fait-il pas quasiment face à la Maison du peuple ?

FRAC-Artothèque Nouvelle-Aquitaine, Maison de la Région, 27, boulevard de la Corderie, 87031 Limoges cedex / 05 55 52 03 03

www.fracartothequenouvelleaquitaine.fr

Le saviez-vous ?

• La collection de l’Artothèque se compose de plus de 4 631 œuvres sur papiers (peintures, dessins, photographies, estampes), réalisées par plus de 704 artistes.

• La collection de l’Artothèque comprend plusieurs monographies remarquables : Gilles Aillaud, John M. Armleder, Jean-Charles Blais, François Bouillon, Yves Chaudouet, Henri Cueco, François Daireaux, herman de vies, Hervé Di Rosa, Anne-Marie Filaire, Paul Rebeyrolle, Bruno Rousselot, Claude Viallat, Roger Vulliez…

• La collection de l’Artothèque du Limousin est propriété de la Région Nouvelle-Aquitaine.

• La collection du Frac-Artothèque Nouvelle-Aquitaine comprend un ensemble d’œuvres historiques (1969-72) du groupe Supports Surfaces, dont Claude Viallat, qui enseignait alors à Limoges, à l’École Nationale des Arts Décoratifs, fut l’un des acteurs-clés.

• La collection du Frac-Artothèque Nouvelle-Aquitaine possède de nombreux ensembles monographiques : Georg Ettl, Gilles Mahé, Ernest T., Anita Molinero, Rolf Julius, Philippe Durand, Thomas Bayrle, Yves Chaudouët, Nina Childress, Richard Fauguet, Franck Eon, Rainier Lericolais, Stéphanie Cherpin…

• Enfin, fait exceptionnel, depuis 1999, la collection est intégrée dans le patrimoine de la Région Nouvelle-Aquitaine.