Avec sa série située dans la Guyenne du XIVe siècle, puis dans le sud de la France, le studio bordelais Asobo, tout en reprenant les grandes lignes d’un blockbuster du genre, mêle habilement contextes géographique et historique originaux, jeunes héros attachants et fulgurances artistiques.

1348, en pleine guerre de Cent Ans. La Guyenne est émaillée de raids de pillards et autres escarmouches avec la couronne d’Angleterre. Comme si cela ne suffisait pas, d’inquiétants grondements se font entendre sous les pieds de vigne, attirant les yeux scrutateurs de l’Inquisition. Amicia de Rune, 15 ans, est une adolescent débrouillarde ; son petit frère, Hugo, qu’elle connaît à peine, est un enfant de 5 ans, atteint d’un mal étrange et convoité, qui le cloître dans sa chambre, son monde de châteaux et de dragons en bois.

Lorsque surgissent sur le domaine de Rune les fanatiques à la recherche de l’enfant, Amicia et Hugo doivent abandonner famille et maison pour fuir toujours plus loin, sans se retourner, et affronter un monde en perdition à hauteur d’enfant : la cruauté bigote, les affres de la guerre et… des nuées de rats porteurs de peste.

Grâce à un Moyen-Âge habilement fantasmé, — l’Inquisition reste anachronique et caricaturale, et on a rarement vu des torrents de rats dans de telles proportions bibliques —, A Plague Tale: Innocence a marqué l’année 2019 du jeu vidéo français et celle de son studio. Asobo se révèle alors au grand public grâce à sa fresque médiévalo-fantastique et se pose parmi les plus importants studios indépendants français ; ils développeront également le dernier né de l’ambitieuse simulation de vol Flight Simulator, pour le compte du titan Microsoft.

Si les aventures d’Amicia et Hugo ont pu marquer les joueurs, c’est tant par l’attachement aux deux personnages, à leurs dialogues complices, à la crainte de voir un petit frère disparaître, que par les tableaux à la beauté apocalyptique qu’offrent ses cités et ses campagnes du Sud-Ouest, dévastées par la maladie et les combats. La traversée des restes d’un champ de bataille englouti par les rongeurs en tenant la main de son cadet demeure un moment marquant dans le jeu vidéo de ces dix dernières années. 

A Plague Tale: Requiem — deuxième volet au sous-titre évocateur — est annoncé pour le 18 octobre et a pu se dévoiler un peu plus en août lors de la dernière Gamescom, à Cologne. Les enfants ont un peu grandi, et poursuivent leur fuite en avant vers le sud du royaume, en quête d’une île qui apparaît régulièrement en vision à Hugo. Le soleil baigne les rivages de la mer Méditerranée, la végétation se fait plus rase et on se faufile parmi les marchés bruyants et les fosses à teinture aux reflets pourpres. 

Amicia et Hugo demeurent des fugitifs, des héros qui ne peuvent pas se permettre d’être repérés par des brutes de 20 ans leurs aînées, et qui n’ont pour eux que leur fraternité, la compagnie de quelques alliés et d’astucieuses connaissances alchimiques. L’urgence persiste, d’autant que la maladie d’Hugo progresse et lui procure une relation plus « complexe » avec les rongeurs meurtriers… 

Prolongement logique du précédent épisode, à la bande-son déjà vibrante et à nouveau dirigée de main de maître par Olivier Derivière, Plague Tale: Requiem poursuivra sans nul doute l’odyssée maudite de deux jeunes âmes au royaume des rats et des ténèbres.

Bastien Castellan