TIM FRAGER – Il dédie ses journées à la peinture. Des arbres, des motifs de lunes, d’étoiles, de vagues ou de tipis investissent des toiles, des murs, des blockhaus et des planches de surf. Quelques semaines avant l’accrochage de son exposition paloise, l’artiste s’était envolé vers la Guadeloupe de son enfance et en avait ramené des œuvres, destinées à rejoindre celles qui occupent jusqu’en mai les murs de l’Espace Dantza.
Propos recueillis par Séréna Evely

Pouvez-vous décrire une œuvre qui se trouve dans l’exposition ?

Résurgence Collage et peinture acrylique sur toile tendue sur châssis
Résurgence Collage et peinture acrylique sur toile tendue sur châssis

Il s’agit d’une œuvre qui est aussi l’affiche de l’exposition : elle représente un petit personnage qui saute, regarde quelque chose ; c’est une silhouette issue d’un collage fait à partir d’un livre des années 1970 et que je me suis amusé à restituer à plus grande échelle. Le personnage mesure 4 centimètres dans le livre et 60 dans l’œuvre. Dans le fond, la répétition d’un dessin de lune forme des motifs et donne un aspect presque psychédélique et universel à l’ensemble. J’ai commencé à peindre en 1998, de manière spontanée, sans réfléchir à ce que je faisais. Le motif était un fil conducteur : dans mon intervention dans une salle de bain qui allait être détruite [exposition collective « Les curieux musées du monde de l’ouest », Hossegor, 2017, NDLR], par exemple, ou au sein de plusieurs fresques murales comme celle que j’ai récemment réalisée à Annecy, sur la façade d’un centre d’art contemporain. Le fait de créer un fond de motif et d’y intégrer une image permet d’offrir deux plans, différents niveaux de lecture : c’est ce qui me plaît et que je m’attache à développer dans mes productions ou lors d’ateliers menés avec des enfants à l’école municipale d’arts plastiques de Dax ou en Guadeloupe, par exemple.

Cette œuvre-affiche vous paraît-elle éloquente pour parler plus globalement de votre travail ?

En effet, j’aime faire fusionner mon travail de peinture sur toile et celui de recherche sur les motifs et y associer des images d’archives. Il peut s’agir de photos d’archives personnelles, comme une trace de mon existence dans différents pays — des clichés pris par mes parents pendant nos voyages ou me représentant enfant, entouré des gens que je côtoyais à l’époque.

Quel rôle joue justement le souvenir des pays dans lesquels vous avez voyagé et vécu étant enfant ?

Tulipe - Collage et peinture acrylique sur papier
Tulipe – Collage et peinture acrylique sur papier

Je suis né en Afrique, ai grandi en Guadeloupe et suis venu m’installer à Bordeaux pour mes études. Aujourd’hui, bien des années plus tard, les images de l’enfance et de la petite enfance, encore bien vivantes, rejaillissent et constituent une véritable source d’inspiration : je peins une Afrique qui comporte une part de vérité — car certains souvenirs sont précis — mais aussi une Afrique fantasmée car je n’y suis pas allé depuis longtemps. Évidemment, je m’informe, me documente et reste en contact avec des gens qui y vivent mais, dans mes œuvres, la photographie apporte une preuve de mon vécu tandis que la peinture occupe une part fictive. Dans le terme « résurgence », qui a été choisi pour intituler l’exposition à l’Espace Dantza, on peut entendre plusieurs mots : urgence, résonance. L’urgence de me souvenir, de travailler sur la mémoire me constitue. Le passé est très présent, pas comme un objet de nostalgie mais d’enrichissement : regarder dans le passé me nourrit et me permet de mieux vivre le présent !

« Résurgence »Tim Frager
Jusqu’au lundi 2 mai, Espace Dantza, Pau (64) 
www.espacedantza.com