LA FILLE MAL GARDÉE

Retour aux sources pour le Ballet de l’Opéra de Bordeaux qui reprend le plus ancien ballet connu, créé en 1789… au Grand-Théâtre ! Et derniers levers de rideau pour le soliste Álvaro Rodríguez Piñera, qui interprète la mère Simone dans ce petit bijou où pantomime et virtuosité cohabitent pour notre plus grand délice !

De cette oeuvre délicieuse et champêtre, en 2 actes, aujourd’hui dansée dans le monde entier, on sait peu de choses de la version d’origine de Dauberval. Toutefois, ce vaudeville pastoral connut un succès tel qu’il fut aussitôt repris à Paris, Berlin ou Saint-Pétersbourg, connaissant de multiples ajouts et réécritures. La musique est différente : la partition de Ferdinand Hérold (1828) adaptée et réorchestrée par John Lanchbery a remplacé l’originale composée de chansons en vogue à l’époque. C’est la version qui désormais fait référence – celle de Sir Frederick Ashton, créée au Royal Ballet de Londres en 1960 –, qui sera dansée.

lvaro Rodríguez Piňera en mère Simone © Julien Benhamou

Dans la France rurale du XVIIIe siècle, la veuve Simone veut marier sa fille Lise à un grand nigaud, Alain, fils de vigneron, or Lise aime Colas. Croyant protéger sa fille, la mère l’enferme dans la maison, ignorant que Colas s’y trouve aussi, et doit se résoudre à les marier pour sauver sa réputation.
Quelques passages ont survécu au fil des siècles, comme la célèbre danse des sabots avec la mère Simone, rôle traditionnellement tenu par un homme, ce qui amplifie l’effet comique. Álvaro Rodríguez Piñera sera l’un de ses interprètes. Pour la dernière fois, puisqu’il devrait tirer sa révérence à l’issue de cette série, à 32 ans, pour se tourner vers la transmission.
Rentré en 2008 dans la compagnie, il fut nommé soliste en 2011, à 21 ans, après s’être fait remarquer dans des rôles comme Tybalt dans Roméo et Juliette. Puis très vite, deux grosses blessures au même genou le tiennent éloigné de la scène quelque temps.
Habitué aux rôles de caractère, le danseur espagnol n’avait pourtant jamais interprété de rôle féminin avant l’entrée au répertoire du ballet en 2018.

« Et ce fut l’un de mes meilleurs souvenirs, se souvient-il. Mais c’était un défi, car il faut saisir toutes les façons de bouger d’une femme. Au début des répétitions, j’avais du mal à me lâcher. Surtout que tu es habillé en homme, avec juste une jupe et des sabots. C’était très bizarre de s’imaginer en femme. À présent, c’est plus facile, j’arrive à me projeter dans mon personnage parce que je suis déjà passé par la transformation. Costume et maquillage aident beaucoup : faux seins, fausses fesses, faux cils, perruque avec chignon, tu as la totale ! Álvaro n’est plus là. C’est la mère Simone. » Et même la mamá Simone ! « J’ai beaucoup puisé chez ma mère et ma grand-mère pour nourrir le personnage ; pour l’autorité mère/fille aussi ! »

Sans compter qu’il faut aussi maîtriser la technique, la danse avec des sabots. « C’est compliqué, même pour moi qui ai fait des études de flamenco. Car ce n’est pas la même façon d’utiliser le sol. Tu as comme un deuxième pied en bois. Ça change complètement les appuis. La musicalité est hyper-importante : chaque petit claquement au sol est entendu et doit être rythmique. C’est un moment de super concentration surtout que cette scène est très attendue ! Mais une fois le travail effectué en amont, quand le pied sait ce qu’il doit faire et que je n’ai plus qu’à penser à l’interprétation, je prends beaucoup de plaisir ! »

Sandrine Chatelier

La Fille mal gardée, ballet en 2 actes, créé le 28 janvier 1960, au Royal Ballet de Londres, chorégraphie et mise en scène de Sir Frederick Ashton, d’après Jean Dauberval, musique de Ferdinand Hérold, arrangement musical de John Lanchbery, direction musicale Christoph Koncz, Ballet de l’Opéra national de Bordeaux,
du dimanche 27 février au mercredi 9 mars, 20h, sauf le 6/03 à 15h, relâche le 5/03,
Grand-Théâtre, Bordeaux (33).
www.opera-bordeaux.com