FESTIVAL INTERNATIONAL DE JOURNALISME – Du 15 au 17 juillet, la 6e édition du festival de Couthures-sur- Garonne, dans le Lot-et-Garonne, propose plus de 200 rencontres, ateliers, débats et animations. Si l’événement a vocation à désacraliser une profession certes mise à mal et faire découvrir son arrière-cuisine, il n’en reste pas moins un lieu où urbains et ruraux dialoguent. Rencontre avec Gilles van Kote, journaliste au Monde, président de l’association organisatrice, et Sonia Jouneau, directrice du festival. 
Propos recueillis par Henry Clemens

Un festival pour qui, organisé par qui ?

Des gens qui lisent Sud Ouest, qui regardent France 3 Nouvelle-Aquitaine, qui s’informent par la radio et par Internet. On commet souvent l’erreur de penser qu’il s’agit d’un festival qui met en avant le groupe Le Monde – qui est le parrain et l’organisateur de ce festival –, ce qui n’est pas le cas ! Certes nous programmons le festival et organisons les débats, les rencontres, mais nous invitons des journalistes du Figaro, de Mediapart, de radio, de télé, de sites numériques. Nous ne cherchons pas à mettre en avant nos journalistes. Les journalistes du groupe Le Monde présents à Couthures animent tables rondes et débats. L’événement mobilise une trentaine de journalistes essentiellement dédiés à l’organisation. Il me semble qu’il fallait le dire pour bien comprendre dans quoi s’inscrit ce festival.

©Camille Millerand Couthures 2021

Un festival des champs ?

Le festival se déroule dans un cadre très particulier : un village de 360 personnes, en bord de Garonne, en plein air, au mois de juillet. Couthures nous semblait être le lieu privilégié pour créer de l’échange entre festivaliers et professionnels de l’info. Nous souhaitons que les festivaliers repartent avec le sentiment d’avoir pu poser toutes les questions qu’ils avaient envie de poser. Il est important que le festival crée des temps d’échanges avec des journalistes que les festivalières, festivaliers écoutent habituellement à la radio, voient à la télé, dont ils ou elles lisent les articles. C’est pour cette raison là qu’il n’y a pas de zones VIP. Ici tout le monde prend son café dans le petit troquet et seul commerce ! Tou le monde partage son assiette de tomates, de frites ou son burger dans l’espace restauration situé en bord de Garonne. Les gens se croisent, se recroisent pendant trois jours ce qui permet que les liens s’établissent. C’est ce qui fait la spécificité de ce festival, du reste le seul consacré au journalisme autour de l’information et destiné au grand public.

« Les gens se croisent, se recroisent pendant trois jours ce qui permet que les liens s’établissent. »

Des débats, des animations et… ?

Entre débats, rencontres, ateliers, balades ou DJ sets, nous atteignons 220 propositions ! Les gens ont systématiquement le choix entre 4 ou 5 événements simultanés… Je précise que le pass pour les trois jours coûte 49 € ; ce qui nous paraît bien adapté et bien moins onéreux qu’un festival ! Pour renforcer l’accessibilité, le festival passe, pour cette 6e édition, en mode gratuit à partir de 18h. Ce qui permet de participer à quelques conférences de fin de journée et de profiter de la programmation du soir. Si la ligne générale tourne autour du journalisme et de l’actualité, chaque année nous proposons sept thématiques autour de l’actualité. Dans ce cadre, nous aborderons par exemple la question « Faut-il encore faire des enfants ? », plancherons encore sur le thème de l’hyper- concentration des médias.

Une marraine pour bousculer le festival ?

Charline Vanhoenacker, de France Inter, est partie pour être une très bonne marraine, une de celles qui se mêlent aux festivaliers, qui souhaitent troller les conférences. Elle est, faut-il le rappeler, une journaliste. Elle a travaillé à la RTBF et au Soir. Sa matière première reste l’actualité.

Ce festival promeut-il une forme de journalisme engagé ou militant ?
Nous ne nous reconnaissons pas dans le journalisme militant. Une des thématiques de cette année porte sur l’objectivité ! Qu’est-ce que le journalisme militant ou engagé ? Les deux sont-ils compatibles ? Si je prends l’exemple du Monde auquel j’appartiens, on ne se retrouve pas dans ces définitions. Le festival est un lieu de débat et nous considérons que le journalisme doit avoir du recul. Bien entendu que les opinions politiques ou personnelles ne peuvent pas être complétement absentes du travail d’un journaliste et d’ailleurs nous récusons le terme de neutralité. Elle n’existe pas. En revanche l’objectivité et l’honnêteté du travail doivent donner lieu à un débat. Ce sont des sujets que nous aborderons en particulier à travers la présence de la journaliste Salomé Saqué, qui se définit comme une journaliste engagée non militante !

Gilles Van Kote – Couthures 2021 ©CamilleMillerand

Quel vide comble un festival du journalisme ?

Je précise que nous ne l’avons pas créé (1). Nous étions partenaires médias de la deuxième édition et, comme ce festival, auquel nous nous étions attachés, menaçait de disparaître nous l’avons repris. En ces temps de complotisme, de fake news, de fantasme délirant sur le métier de journaliste sur les réseaux sociaux et dans l’imaginaire des gens, il nous semblait important de faire preuve de transparence et de pédagogie. Nous souhaitons raconter ce métier avec tout ce qu’il peut avoir de trivial au quotidien. Un métier avec ses méthodes, ses bons et ses mauvais journalistes. Beaucoup de gens s’imaginent encore que l’on se lève chaque matin avec la ferme intention de manipuler l’opinion publique ! 

Un festival pour permettre aux journalistes de descendre dans la fosse ?

Nous essayons de raconter le quotidien de notre métier, sa tambouille, sa cuisine. L’idée est de désacraliser ce métier. Ces trois jours permettent également de mettre les pieds dans le plat, de se dire les choses en face. Le tout sans agressivité. Nous sommes conscients que les gens ont des reproches à nous faire. Ces raisons profondes nous ont amenés à vouloir le pérenniser. Aujourd’hui nous accueillons 2 000 à 3 000 festivaliers par jour ! Ce qui en fait un festival à taille humaine et permet une vraie qualité d’échanges. Il faut qu’on maîtrise la croissance de l’événement.

En quoi est-il international ?

Tout est fait pour donner une part égale à nos partenaires médias locaux dont Far ouest, nos partenaires nationaux comme France Inter. Toutefois, dès le début nous sommes allés chercher des médias européens, tels que The Guardian, El País ou Le Temps, pour avoir un autre point de vue, confronter les opinions. Une dimension internationale encore renforcée avec la présence de journalistes algériens, ukrainiens, afghans, russes, burkinabés, un journaliste de la BBC, de Der Spiegel

Quelles difficultés avez-vous rencontrées pour vous installer dans cet espace rural ?

En 2018, nous avons débarqué un peu comme des Parisiens dans ce village du Lot-et-Garonne et il y a eu beaucoup de défiance, d’inquiétude. Ce festival a été coconstruit avec des médias, des partenaires locaux qui participent pleinement à son organisation. Nous cherchons à valoriser l’activité culturelle du territoire et chaque collectivité locale prend en charge la programmation d’une soirée pour mettre en avant des artistes locaux. Des artistes valorisés par le pictogramme « Talents d’Ici » ! L’espace restauration propose des produits locaux. Il n’est pas anodin pour un groupe comme le nôtre d’organiser un festival dans ce département, très éloigné de notre terrain habituel et de notre lectorat urbain habituel. Ce n’est pas notre département d’élection, à ce titre certainement pas le département en France où les gens lisent le plus Le Monde, L’Obs ou Télérama. Néanmoins, il était important de venir dans un endroit, loin de Paris, qui n’est pas notre pré carré.

Qu’en retirez-vous à titre personnel ?

C’est la rencontre avec les habitants de Couthures ! Je ne connaissais pas le Lot-et-Garonne, ne le situais qu’à travers les départements limitrophes plus connus, comme le Lot, les Landes, le Gers ou la Gironde. Je rajoute que rien ne prédisposait un groupe à dimension nationale voire internationale à travailler avec ses habitants ; deux univers qui se touchent, se côtoient peu. Cette co-production est un mariage improbable, il y a désormais de vrais liens d’amitié. Un journaliste a dit un jour : « À Couthures, j’ai laissé ma veste et mes chaussures à l’entrée du festival où j’ai découvert qu’on pouvait encore dialoguer. » On s’y parle vrai. Ici, c’est la parole donnée et tu ne la retires pas. Ce festival occupe une place unique pour nous ! 

  1. Laurence Corona fonde le festival en 2016 avant que le groupe Le Monde le reprenne en 2018

Festival international de Journalisme
Du vendredi 15 au dimanche 17 juillet, Couthures-sur-Garonne (47) 
festivalinternationaldejournalisme.com