CHAPELLE DU CARMEL Dans le cadre de la célébration des vingt ans du prix Marcel Duchamp, le musée des Beaux-Arts de Libourne s’associe au Frac Nouvelle-Aquitaine MÉCA autour d’un dialogue inédit et éphémère d’oeuvres d’artistes femmes d’hier et d’aujourd’hui.

Sous l’égide symbolique du pionnier de l’art contemporain, le prix Marcel Duchamp distingue chaque année une poignée de plasticiens issue de la scène artistique hexagonale. Initiée par des collectionneurs de l’Association pour la diffusion internationale de l’art français (l’ADIAF), la distinction fête cette année ses vingt ans.
Sous les auspices de cette célébration, l’exposition présentée en ce moment à la chapelle du Carmel réunit huit candidates autrefois en lice pour ce prestigieux graal de l’art contemporain français. En l’occurrence ici : les lauréates Dominique Gonzalez-Foerster et Tatiana Trouvé escortées des finalistes Katinka Bock, Valérie Jouve, Farah Atassi, Thu-Van Tran, sans oublier Yto Barrada et Ulla von Brandenburg, toutes deux nommées en 2016.
Désormais dans la collection du Frac Nouvelle-Aquitaine MÉCA, leurs oeuvres respectives entrent en résonance avec celles de leurs consoeurs piochées dans la collection du musée des Beaux-Arts de Libourne. « Sur les 4 500 oeuvres que compte ce fonds, étaye Caroline Fillon, la nouvelle directrice de l’institution qui succède à Thierry Saumier, il y a très exactement sept artistes femmes. Cette proportion rejoint les quotas des collections publiques qui comptent en général moins de 10 % d’artistes femmes. »
Ce déséquilibre historique tend aujourd’hui à se réduire. Entre 2012 et 2017, la part d’artistes femmes est ainsi passée de 30 à 40 % dans les acquisitions des Fonds régionaux d’art contemporain. Avec cette exposition co-écrite dans le cadre du projet Vivantes !1, « l’enjeu, rappelle le Frac Nouvelle-Aquitaine MÉCA, n’est pas de faire des femmes un sujet ‘‘à part’’, mais d’apprécier leur rôle dans l’histoire de l’art ».
Déployé en sept tête-à-tête, l’accrochage confronte les pratiques et tisse des affinités électives qui traversent les âges. Ainsi, l’effacement de la singularité de l’individu face au poids des standards sociaux et esthétiques s’éprouve dans une similarité cocasse avec Les Fumeurs de Valérie Jouve mis en regard avec les portraits d’hommes et de femmes « de qualité » signés Sofonisba Anguissola (1532- 1625). À la série de 12 photographies d’employés de bureau immortalisés près d’une colonne pendant leur pause cigarette répondent les conformités gestuelles, vestimentaires et comportementales d’un autre siècle.
En guise de prolongement à cette proposition, le musée des Beaux-Arts de Libourne consacre l’une des salles de son parcours permanent au thème de la représentation de la femme.

Anna Maisonneuve

1. Initié par le Frac Nouvelle-Aquitaine MÉCA, le projet Vivantes ! propose une série d’expositions déployées sur le territoire régional de 2020 à 2022 sur le thème de la place des femmes dans l’art.

« Confidentielles »,
jusqu’au samedi 9 janvier 2021,
chapelle du Carmel, Libourne (33).
www.libourne.fr