COLINE GAULOT

Au musée du Four des Casseaux, la plasticienne se penche sur le rituel de l’anniversaire avec une installation de porcelaines réalisée à l’ENSA (école nationale supérieure d’art de Limoges).

En France, la ritournelle « Joyeux Anniversaire, nos voeux les plus sincères, etc. », souvent décrite comme un chant « traditionnel », n’aurait été composée qu’en 1951. Quant à son homologue Happy Birthday to You, il ne remonterait qu’à 1924 pour les paroles et à 1893 pour la mélodie.
Comme le retrace le médiéviste Jean-Claude Schmitt dans L’Invention de l’anniversaire, son ouvrage paru en 2007, l’histoire de ce rituel moderne, collectif et familier n’a rien d’anecdotique. Sa pratique découle même d’un basculement ontologique. Car si on célèbre aujourd’hui avec ferveur la
date de la naissance, on lui a longtemps préféré celle de la mort. Ainsi au Moyen-Âge, l’anniversarium commémore le dernier souffle : « C’est ce jour qui seul importait en vérité, celui de la “vraie naissance’’, de l’entrée par la mort dans la “vraie vie’’ de l’au-delà et du salut tant espéré », rapporte l’historien.
Présenter le gâteau, souffler sur des bougies dont le nombre augmente chaque année d’une unité supplémentaire… C’est à cette coutume que Coline Gaulot (née en 1986) a choisi de consacrer son dernier projet. Partie en quête des photographies qui immortalisent et figent cet instant, la diplômée de l’école des beaux-arts de Bordeaux s’offre une rétrospection dans les étapes de son enfance et de son adolescence.
Dans cette succession analogique, un élément la retient : le gâteau.
À partir de ce symbole commémoratif nourri de charlottes, de biscuits, de tartes, de choux, de pâtisseries guindées et des confiseries de fortune… Coline Gaulot livre une série de pièces en céramique. À l’arrivée, elles sont 28 (elles auraient dû être davantage mais les clichés de certains gâteaux ont disparu). Réalisé dans l’atelier porcelaine de l’école nationale
supérieure d’art de Limoges, ce bataillon de joyeusetés blanches scande les étapes intermédiaires, cristallise le temps et courtise les memento mori.

Anna Maisonneuve

« Coline Gaulot – Joyeux A. »,
jusqu’au samedi 7 mars, musée du Four des Casseaux, Limoges (87).
www.museedescasseaux.com