L’EMPREINTE – Ouverture de saison par une grande respiration en plein air pour la scène nationale corrézienne. Un nouveau rendez-vous pluridisciplinaire et gratuit qui se déplace dans les rues de Brive, Tulle, et jusque dans les villages.

L’Empreinte a troqué son rendez-vous de danse in situ – Danse en mai – pour un temps fort de rentrée grand public, en extérieur. « Respire ! » l’ont-ils appelé, qui rappelle des airs de campagne municipale aux Bordelais, mais sonne surtout comme une bouffée d’air frais de pré-rentrée.

Quillardet-Pierre Grosbois

Dans ce département du Limousin, où le vert se décline à l’envi, la scène nationale fait le pari d’œuvres in situ gratuites pour aller au-devant des habitants et spectateurs dans les rues de Tulle, Brive et jusqu’à Aubazines ou Malemort, après une saison marquée, comme tous les théâtres et cinémas de France, par un difficile retour du public en salle.

Même si la programmation s’est élargie à tous les arts – l’an dernier le cirque occupait déjà une belle place pour Danse en septembre –, la danse se taille encore une jolie part avec, notamment, le duo pointes et hip-hop d’Anthony Égéa, chorégraphe adepte du clash des cultures. Sur un ring noir moiré, aux sons de beats electro, trois danseuses rivalisent de fougue guerrière dans Uppercut.

Le même décor tout terrain sert d’écrin au solo popping masculin, One Man Pop. Beaucoup plus bucolique, le duo Brumachon-Lamarche invite à une danse des jardins marquée par l’esthétique baroque. Les Élucubrations de Toinette se veut un hommage aux servantes de Molière, agiles et irrévérencieuses, et propose 30 minutes de danse facétieuse dans un écrin de verdure.

Thomas Quillardet choisit aussi l’option campagnarde pour son adaptation d’un film de Rohmer, L’Arbre, le Maire et la Médiathèque, chronique d’un désaccord entre un maire, désireux de construire une nouvelle médiathèque et soutenu par une écrivaine parisienne, et l’instituteur du village (inoubliable Luchini dans le film) qui ne saurait tolérer pour cela de sacrifier un arbre centenaire. Comme toujours les fables-contes de Rohmer ont beau sortir des années 1980, elles résonnent sacrément avec l’époque. Quillardet et sa troupe en rendent toute la saveur des dialogues ciselés, dans une chronique villageoise joyeuse qui n’a pas pris une ride.

Le cirque, lui, prendra un peu de hauteur dans des numéros de culbute, voltigeurs et acrobates. La jeune compagnie bordelaise Crazy R s’envole dans le vide dans un spectacle de trapèze volant bien au-dessus de la mêlée, où le risque de la chute n’est jamais ignoré (Vis dans le vide). Sur son mât chinois totalement instable, Vincent Lopez assume le burlesque de son Culbuto, et tangue pour de rire. Quant aux furieux d’AKOREACRO, ils inventent le concept de concert sur camion dans Arrêt d’urgence, où, bien évidemment, rien ne se passera comme prévu. Dans un registre plus doux et délicat, Boris Lozneanu, déjà invité en septembre dernier en Corrèze, continue de monter impassiblement son Stabile, structure faite de longs mâts de bois et de cordes noires, mais pour ce Portrait enchanté, il est venu avec la chanteuse soprano Natalie Pérez dont la voix cristalline semble souligner la beauté fragile de l’édifice. Et envoyer un ultime souffle estival avant la saison – en salle cette fois – du théâtre à cheval sur Brive et Tulle.
Stéphanie Pichon

Respire !
Du vendredi 23 septembre au dimanche 2 octobre
Aubazines, Brive-la-Gaillarde, Malemort, Saint-Pantaléon-de-Larche et Tulle (87)
www.sn-lempreinte.fr