FIFAAC Formé à l’HGB Leipzig et à l’école Sint-Lukas de Bruxelles, Arne Schmitt, né en 1984, partage sa vie entre Cologne et Zurich. Le photographe, vidéaste et auteur propose des œuvres en lien avec l’architecture institutionnelle et son histoire. Dans son film Sur les pavés l’asphalte qui porte sur le site universitaire de Bordeaux, il s’arrête sur la notion de ville européenne, le phénomène de suburbanisation des universités dans les années 1950 et le campus comme lieu de débat sociétal critique.
Propos recueillis par Henry Clemens

Arne Schmitt—Bordeaux-1

Pourriez-vous vous présenter ?
Je suis artiste et mes sujets d’étude portent sur la ville, l’architecture et comment l’histoire et les thèmes sociétaux s’y reflètent. J’ai 36 ans et j’ai
été invité en résidence d’artiste en 2019 par le Goethe-Institut. J’ai rapidement jeté mon dévolu sur Bordeaux et sa longue histoire universitaire. Le campus bordelais envisagé comme une ville dans la ville, comme lieu de vie et miroir sociétal, m’offrait une vraie belle matière.

Comment est né le film Sur les pavés l’asphalte, commandité par le Goethe-Institut et diffusé en avant-première le 7 octobre dans le cadre du Festival International du Film d’Architecture et des Aventures Constructives (FIFAAC)1 ?
J’ai commencé par faire des recherches sur ce campus, cette zone universitaire immense qui a été la première en France à avoir été établie à partir de principes architecturaux modernes et bâtie à l’extérieur de la ville. Il m’intéressait de connaître et comprendre les motivations et les justifications de cette satellisation. Je tenais également à témoigner de son état actuel, de son évolution. Il m’importait de revenir, à travers ce travail, sur les mouvements d’émancipation étudiants et sur 1968. Dans un deuxième temps, j’ai voulu voir comment mai 68 a pris place dans ce complexe architectural imaginé dès les années 19502 et bien avant les mouvements, comment la marginalisation de la population étudiante en périphérie du cœur de la ville a conduit à certaines formes de contestation, jusqu’à nos jours.

Arne Schmitt—Bordeaux-2

Était-il évident que l’œuvre serait filmique et non photographique ?
Le projet pour l’institut devait dès le début donner lieu à un film. La vidéo est un développement naturel de mon travail. L’intégration d’un texte est faite au montage dans la mesure où je travaille systématiquement à la combinaison texte et image. La vidéo se prêtait mieux au fait de vouloir relater une réalité actuelle et elle me permettait de mettre en évidence le contraste entre le vide de l’immense site universitaire et la cohue, l’agitation du centre- ville. Le travail ne devait en aucun cas porter uniquement sur une suite de photos dont le sujet aurait été l’architecture.

Envisagez-vous le campus comme un symbole architectural français ou européen ?
Le campus est clairement marqué par un mouvement moderne international, plus précisément européen mais bien entendu parsemé de traces architecturales françaises, ici un ouvrage de ferronnerie, là une ancienne dépendance de château. Ce sont des traces que j’ai activement recherchées !

Quels sont vos projets ?
Je me suis installé à Zurich où je réalise une étude3 sur l’affichage publicitaire en milieu urbain. L’intégration dans les villes des symboles publicitaires m’a toujours intéressé. L’autre projet en cours donnera lieu à une vidéo. Il s’agit d’une œuvre sur une usine de meubles moderne fondée en 1931 et toujours en activité, le Wohnbedarf AG, qui collabora avec des personnalités comme Marcel Breuer4 ou Mies van der Rohe5. Ce qui m’intéresse en l’occurrence c’est comment ces meubles de conception radicale et révolutionnaire sont devenus des objets de convoitise absolue pour une élite bourgeoise après avoir été honnis par cette même classe sociale à leur apparition.

1. La projection sera suivie par le vernissage de l’exposition du photographe berlinois Andreas Gehrke qui se tiendra au Goethe-Institut dans le cadre du FIFAAC.
2. Par Pierre Coulon, architecte belge et interprète des différentes formes du modernisme.
3. www.frank-or-at-least-emphatic.ch
4. Architecte et designer de mobilier. Un des pères du modernisme qui porta un intérêt pour les constructions modulables et les formes simples.
5. Architecte allemand naturalisé américain qui dirigea l’école du Bauhaus de 1930 à 1933.

Sur les pavés l’asphalte, visible au Goethe Institut jusqu’au vendredi 19 novembre Avant-première jeudi 7 octobre, 17h30, Goethe-Institut, Bordeaux (33). www.goethe.de/bordeaux

Arne Schmitt : bibliographie, œuvres, expositions www.anmerkungen-zum-index.de

FIFAAC, du lundi 4 au samedi 16 octobre, Bègles (33). fifaac.fr