LA COLONIE DE VACANCES

Leurs concerts spatialisés se regardent autant qu’ils s’écoutent. L’auditeur est invité à se déplacer au sein du dispositif quadriphonique, se faisant surprendre par des sons venus de toutes parts. La formation est de retour, avec une tournée française, et, sous ses vingt-quatre bras, enfin, un premier album. Entretien avec Jérôme Vassereau (guitare) dans le délicat exercice de porte-parole du collectif.

Propos recueillis par Guillaume Gwardeath

Peut-on revenir sur votre formation ?

Au début des années 2000, par nos esthétiques similaires, nous étions quatre groupes de différents coins de France à beaucoup nous croiser sur la route : Marvin, Papier Tigre, Electric Electric et Pneu. L’idée est née de faire une tournée et un disque tous ensemble. Nous avons réalisé un double 45 tours, chaque groupe occupant une face, publié par Kythibong, Murailles Music et Super Loto Éditions. Notre premier concert a eu lieu à Tours, sur la place du château, tous nos groupes s’étant fait programmer par les équipes du Temps Machine et du Petit Faucheux. L’idée était de nous installer sur quatre scènes distinctes, chaque groupe jouant un morceau, à tour de rôle, afin d’inciter le
public à se déplacer. Quand le groupe Marvin a eu une carte blanche à l’occasion d’un festival à Montpellier, ils ont programmé les quatre groupes en mode quadriphonie. On a mis à profit deux journées de résidence pour composer deux morceaux en commun, et ont commencé à apparaître des fins de morceaux collectives, des enchaînements d’un groupe à l’autre… et l’évolution s’est faite vers un véritable projet concerté. Le nom « La Colonie de Vacances » s’est imposé au cours de la tournée commune. Nous étions dans le même bus, à voyager pour donner un concert tous les soirs.

La Colonie de Vacances 2 © Jérome Blin

De l’addition de quatre groupes, vous venez de passer à un concept de groupe en tant que tel…
Nous avons eu envie de sortir de l’identité des quatre groupes. Ça commençait à ne plus guère avoir de sens, d’autant plus que Marvin et Electric Electric ont arrêté, Papier Tigre est un peu en stand-by, et Pneu vivote… Nos agendas devenant difficiles à caler, on s’est mis d’accord pour donner la priorité à La Colo. C’était la condition sine qua non pour que le projet avance. Quand Émilie (ex-Marvin) nous a quittés il y deux ans, on a eu l’idée de la remplacer par deux personnes, afin de pouvoir nous dispatcher en quatre trios. On a rebattu les cartes et on a procédé à la constitution des quatre pôles par tirage au sort, en faisant appel à une main innocente : le fils de notre technicien lumières ! À chaque pôle, on a ainsi affecté de manière fixe une batterie, une guitare et une basse ou un synthé.

Pour travailler ou vous produire, n’êtes-vous pas obligés de solliciter des structures de type Smac ou scènes nationales ? Pendant des années, nous avons loué un grand gîte dans le marais poitevin. On s’y retrouvait pour des sessions d’une semaine dans un confort total, installés dans la grande salle de jeu, entre le billard et la cheminée. Comme quoi, nous sommes capables de nous débrouiller tout seuls ! On a aussi joué dans des lieux plutôt
DIY comme Grrrnd Zero à Lyon ou L’Estak Crew à Marseille, même si, en effet, surtout pour des raisons techniques, il nous faut des lieux bien équipés. Pour notre confort et celui du public, nous jouons avec des ear monitors [système d’écoute du son mixé par oreillette individuelle, NDLR], ce qui permet à chacune de nos scènes d’avoir sa source sonore frontale et bien distincte. Nous avons monté notre propre association, et par ce biais nous sommes en train d’acheter notre propre équipement, y compris la console de mixage. L’idée est de pouvoir arriver avec tout le matos, et jouer dans tout lieu pouvant mettre à disposition quatre scènes et quatre sonos. Nous essayons d’être indépendants, le plus possible.

On peut supposer que vos techniciens sont quasiment des membres de votre Colonie…. On fait en sorte d’avoir une équipe fidèle.
Nos techniciens commencent à bien nous connaître. Au son, ils sont deux : l’un mobile au milieu du public, équipé d’un iPad connecté à la console, en charge de la masse sonore qui est diffusée par les enceintes ; l’autre
qui règle notre son individuel, avec qui nous communiquons par un système d’interphone, ou à l’aide de différentes mimiques…

Satisfaits d’enfin sortir un premier album ?

Disposer d’un vrai disque, c’est l’occasion de monter une véritable tournée, avec des dates qui s’enchaînent, comme on en avait l’habitude avec nos groupes. Bien entendu, chez soi, il ne sera pas possible d’écouter ces morceaux en quadriphonie ; même si nos morceaux construits sur des principes de questions-réponses passent tout à fait en stéréo ! En live, ce sera sans doute intéressant pour des spectateurs déjà familiarisés avec ce nouveau répertoire de se retrouver « à l’intérieur » de morceaux qu’ils connaîtront.

La Colonie de Vacances,
vendredi 4 février, 21h,
Le Confort Moderne, Poitiers (86). www.confort-moderne.fr
dimanche 13 février, 18h30,
Le Rocher de Palmer, Cenon (33). lerocherdepalmer.fr
Echt (Vicious Circle) disponible le 28 janvier.