MÉRIGNAC PHOTO La biennale Mérignac Photographic Festival se mue désormais en un rendez-vous annuel avec des événements qui gagneront l’espace public. Temps fort de cette édition inaugurale : l’exposition consacrée au photographe japonais Ikkō Narahara à la Vieille Église Saint-Vincent.

Anna Maisonneuve

La MEP [Maison européenne de la Photographie, Paris, NDLR] a accueilli en mai 2018 son nouveau directeur, le britannique Simon Baker, qui a ainsi succédé à Jean-Luc Monterosso, le fondateur du centre, dont le mandat avait pris fin le 31 mars 2018. Ce changement n’altère pas le partenariat initié par la Ville de Mérignac en 2012, comme le révèle le point d’orgue du Mérignac Photo, manifestation annuelle qui se substitue à la biennale Mérignac Photographic Festival. 

Issue de la collection de la MEP, l’exposition présentée dans les alcôves de la Vieille Église Saint-Vincent offre un panel caractéristique du japonais Ikkō Narahara, né en 1931 à Tokyo. Moins connu en France que d’autres de ses confrères de la même génération, comme Nobuyoshi Araki de 9 ans son cadet, Narahara a pourtant développé une oeuvre conséquente. 

De ce membre de l’agence indépendante Vivo (1959-1961), on a tendance à retenir ses clichés réalisés aux États-Unis, qu’il sillonne d’est en ouest dans les années 1970, en quête des sites mythiques, de grands espaces, des réserves indiennes, des motels ou des casinos, dont il propose un regard contemplatif parasité parfois par des éléments surréalistes. 

Ses premiers travaux arborent un caractère documentaire sur le Japon de l’après-guerre. Ainsi, pour « Human Land », le photographe est parti à la rencontre des ouvriers vivant en autarcie avec leur famille sur Hashima, une île minière aujourd’hui abandonnée, située à une vingtaine de kilomètres au large de Nagasaki. Son attrait pour les milieux reclus et coupés du monde extérieur s’affirme dans d’autres ensembles. Comme ceux réalisés dans une prison pour femmes à Wakayama ou dans un monastère à Tōbetsu, où il rencontre des trappistes, des moines cloîtrés appartenant à l’ordre cistercien, comme encore avec « Japanesque ». Composée entre 1968 et 1970, cette série qui fête ces 50 ans se fait le témoin d’une plongée introspective dans la culture du zen, pour laquelle Ikkō Narahara ressent simultanément une « affection profonde et une irritation ». 

Parallèlement à ce focus, le Mérignac Photo se déploie dans l’espace public avec le Triathlon numérique (samedi 5 octobre, les participants sont attendus à la Vieille Église dès 9h30 pour un petit déjeuner avant le lancement du concours) et le projet « Territoires de fictions » de Benjamin Juhel. Né en 1984 en Normandie, ce Bordelais d’adoption a glané lors de sa résidence de création anecdotes et souvenirs d’habitants de Mérignac à partir desquels il a composé des images fictionnelles.

« Japanesque », Ikko Narahara,
Vieille Église Saint-Vincent, Mérignac (33),

« Territoires de fictions », Benjamin Juhel,
espace public, Mérignac (33),
jusqu’au dimanche 15 décembre.
merignac-photo.com