DU BLEU EN HIVER

Nathalie Besançon, directrice adjointe de L’Empreinte-scène nationale Brive-Tulle et co-programmatrice du rendez-vous, revient sur la genèse et l’âme de cet exigeant festival dédié au(x) « jazz(s) » et aux musiques improvisées. Un projet né d’une forte envie collective territoriale il y a déjà quinze ans.

Propos recueillis par Henry Clemens

Du Bleu en Hiver, qui fête ses 15 ans, est-il le fruit de synergies territoriales exemplaires ?
C’est un projet né à Tulle de l’idée, simple et ambitieuse, d’associer différentes structures pour croiser les publics de la scène conventionnée des Sept Collines de Tulle et de la salle des Lendemains qui chantent et qui comprenait aussi un collectif de musiciens Le Maxiphone, une fédération d’éducation populaire, la FAL, pour une esthétique autour de la musique improvisée et du jazz. Nous considérions qu’il y avait là un terreau artistique très intéressant et pas forcément très présent dans la programmation de la région. Au moment de la création de la scène nationale L’Empreinte – fusion du Théâtre des Sept Collines de Tulle et des Treize Arches de Brive –, la volonté a été d’amplifier encore ce premier geste de coopération et d’en faire un marqueur de la scène nationale et d’étendre ce projet sur le territoire. L’intégration d’une structure de programmation de musiques actuelles – Grive la Braillarde – confirme encore cette volonté. En même temps, le Pôle national du cirque, Agora, nous a rejoints pour porter une programmation à Boulazac et à Périgueux.

À quel public le festival s’adresse-t-il ?
D’emblée, à un public large, curieux et pas forcément connaisseur ! Même si au fil des éditions on a rassemblé pas mal de fidèles. Du Bleu en Hiver a désormais une visibilité nationale, et affirme notamment un partenariat avec le réseau national de l’AJC1. Les nombreux acteurs culturels et artistiques d’univers différents permettent de faire connaître cette scène au travers d’actions éducatives et donnent à voir ce que la scène française du jazz a à proposer.

Comment appréhende-t-on le nouveau format ?
En 2018, le festival est passé de 4 jours, dans son format optimisé, à une dizaine de jours. Le fait d’avoir modifié la durée change un peu la manière de vivre le festival de Tulle à Brive. On a souhaité créer une dynamique de circulation des publics en mettant à disposition des navettes à « 1 euro » pour aller d’une ville à l’autre. Le festival doit vivre de la même façon dans toutes les villes. Il y aura des rendez-vous dans les théâtres, la SMAC, mais également hors les murs dans les médiathèques sous forme de siestes musicales, d’apéro-concerts, dans un centre culturel à Brive, dans des temps décalés. Nous nous sommes attachés à maintenir les rapports de proximité pour une musique initialement jouée en club. Ce n’est pas la connaissance préalable des musiciens qui importe, mais l’intensité de ce qui se « joue ». Il s’agit aussi de créer des moments musicaux imprévus. Nous devons contribuer à changer l’approche de cette musique pour éventuellement inviter les gens à venir s’asseoir un jour dans une salle !

L’action éducative et culturelle reste un axe fort du festival.
Oui, pour la partie corrézienne, par exemple, Sylvaine Hélary, flûtiste programmée dans le cadre du festival, mène un travail avec les enfants de l’institut médico-éducatif de Sainte-Fortunade. Il s’agit d’un projet au long cours qui commencera par un concert, au sein de l’IME, et se terminera par une présentation en fin de saison. Le saxophoniste Laurent Dehors, lui, travaillera avec des grands élèves du conservatoire de Brive dans le cadre de masterclass. Ils créeront ensemble quelques morceaux qu’ils proposeront en première partie de son concert à Brive et dans le concert du Nouvel An du CRD. En Dordogne, le compositeur pianiste Jérémie Ternoy mènera un travail avec trois écoles de Boulazac et Bernard Lubat présentera plusieurs ateliers ouverts à des percussionnistes et des compositeurs.

Quelle est la ligne maîtresse pour la programmation ?
On fait attention à ce que ce soit des coups de coeur pour chacun d’entre nous ! Nous nous intéressons à la capacité de chaque musicien à amener le public avec lui. Nous veillons à proposer plusieurs couleurs mais aussi à distinguer les propositions musicales à savourer assis et celles à apprécier debout comme pour les concerts proposés dans la salle des Lendemains qui chantent aux tonalités certainement plus rock. Pour cette édition, les musiciennes et les voix constituent certainement un fil rouge. Je pense à Leïla Martial. Une vraie personnalité impossible à résumer à ce qu’on pourrait écouter sur disque. Elle est charismatique et engagée dans son chant ! Il y a aussi la chanteuse de You, lauréate du tremplin de l’AJC ; le Suisse Andreas Schaerer, beat-boxer déjanté… et bien d’autres encore !

Pourquoi venir ?
Déjà, ce n’est pas cher, le pass est à 40 € seulement (rire) ! Puis, nul besoin d’être connaisseur, les artistes ici programmés nous mènent toujours dans des univers musicaux passionnants et très différents les uns des autres.

  1. Association Jazz Croisé – ajc-jazz.eu

Du Bleu en Hiver, festival Jazz(s),
du mardi 21 janvier au samedi 1er février,
Tulle (19), Brive-la-Gaillarde (19), Boulazac (24) et Périgueux (24).
dubleuenhiver.fr