BREAKING – Avant son irruption aux Jeux olympiques, à Paris en 2024, la discipline fait étape à Floirac avec la finale du championnat de France 2022, le 12 juin à l’Arkea Arena. Conversation avec Omar Remichi, alias « B’Boy Chakal », danseur pro, internationalement multi-titré, à l’initiative de cette venue, dans la ville reine du break.
Propos recueillis par Thibault Clin

Pour comprendre un B-Boy et son énergie, il semblerait qu’il faille interroger son histoire. Quelle est la tienne ?

Je suis né à Alger. Je ne suis arrivé en France qu’à 16-17 ans, en faisant des tournées de battles, des spectacles, des compétitions. J’ai appris le break en Algérie. Là-bas, c’est un vrai moyen d’expression, un refuge qui permet de s’exprimer et de moins penser à la vie. Et j’aime ce côté spirituel associé au break. J’y ai d’abord fait des études en arabe littéraire, avec l’idée de devenir vétérinaire. Mais j’avais cette passion extrême pour le break qui m’a dévoré. J’ai rapidement participé à des événements reconnus, j’ai fait des télés, travaillé avec des ballets avant de finalement créer ma compagnie [Dziri one avec laquelle il gagnera le titre du Battle of the Year, compétition internationale phare, NDLR]. La France, c’était mon rêve américain. J’ai découvert Bordeaux en 2008. C’était la ville qui me parlait le plus. S’il n’y avait pas eu Bordeaux, je serais resté à Alger. C’est ici que j’ai pu lancer le groupe Last Squad avec qui on a été aussi champion du monde en 2019. Aujourd’hui, je suis un représentant de Bordeaux, qui est devenue la place forte du break en France, sans aucun ego. C’est pour cela que cette finale se fait à Floirac.

Cette finale, est-ce une tête de pont de Paris 2024, où le break sera intégré pour la première fois dans
l’histoire des Jeux olympiques ?

C’est une étape importante pour les breakers français, même si le ranking est aussi important. J’ai le privilège d’être détaché du ministère des Sports et conseiller technique de la Fédération française de danse [avec un autre local, Hassan Sarr, NDLR]. Ensemble, on a réussi à créer un diplôme d’entraîneur de break en menant une vraie réflexion. On a bien travaillé avec les élus et la Métropole pour accueillir cette finale. Elle a été précédée par des qualifications régionales et interrégionales dans toute la France. Il y aura également une battle « de la dernière chance » la veille. Puis, le jour de la finale, 16 danseurs vont s’affronter, hommes, femmes et moins de 16 ans, lors de face-à-face dans plusieurs catégories.

« La richesse de cette danse, ce sont les personnages qui la font. »

Le break se déguste comme un show. Où et quand peut-on en profiter localement tout au long de l’année ?

Il y a des événements forts en Gironde, comme les Vibrations Urbaines de Pessac, Jam Street à Villenave d’Ornon, Money Time à Lormont, la battle du festival Chahuts à Bordeaux. Cela peut être une vraie compétition comme un moment plus tranquille avec de bons sons. À Bordeaux, on a la chance d’avoir une richesse de danses, de types d’approches. Même si on est plutôt sur un esprit artistique qui correspond au côté « zen » de la ville. Il y a un relâchement dans la manière de danser qui correspond au mode de vie.

Peux-tu nous parler de l’origine de ta passion pour le break ? Comment est-elle née, comment a-t-elle évolué ?

À la base, je suis un passionné de jazz, pur et dur. Pas tellement de rap ou de hip-hop qui sont finalement issus du jazz, de la soul et du funk. Je suis musicien de formation, percussionniste. Mon grand-père fabriquait des percussions devant moi, j’ai pu comprendre les nuances qu’apportaient les peaux animales, comment les chauffer, comment les faire sonner. Le rythme était dans mon ADN. Avec en plus une famille festive qui organisait des rassemblements pour un oui ou pour un non, la sagesse m’a été donnée. J’ai donc d’abord été touché par la musicalité, les rythmes, la basse. Quand j’ai pris conscience de mon potentiel physique, j’ai commencé à danser dans les contretemps alors que les gens se focalisent surtout sur les temps forts. Je dansais sur les roulements par exemple. J’amenais une performance dans la musicalité afin de créer une émotion, en essayant d’être subtil, original, pas forcément à travers une technique qui explose les yeux. Cette richesse vient donc de mon enfance.

Quelle est l’origine du break ?

Au départ, sa musique est issue des block parties dans les années 1970 aux États-Unis. L’origine du nom vient de cette musique « cassée » par les DJ à travers les changements de disques, et que les danseurs devaient suivre. Il y a ensuite tout ce côté personnel qui amène une richesse artistique, au-delà de la performance sportive. Sans être non plus une danse hybride, le break ayant son langage. La stratégie a aussi son importance. On est souvent dans un rapport de questions-réponses dans une battle. Quelque part, c’est vraiment la guerre. Mais sans se toucher. Comme sa vocation au départ, qui devait régler les problèmes de gangs sans violence.

Comment te situer donc ? Athlète ou artiste ?

J’ai toujours été davantage un artiste qu’un athlète, toujours dans la réflexion. Le côté athlétique, je ne m’en rendais pas compte. C’est simplement que nos mouvements nécessitent de la technique, de la force. Mais c’est comme pour un musicien, on ne sent pas la fatigue. Tu es dans une forme d’expression, de lâcher-prise.

As-tu déjà pleuré devant une représentation ?

Bien sûr. On est des émotifs, les breakers. La richesse de cette danse, ce sont les personnages qui la font. Il y a toujours plein de belles et de mauvaises choses à montrer. Quand tu danses, tu parles de ton passé, tu défends une équipe, tu réponds à des gens qui te posent un problème. Ça arrive que tu craques à un moment donné.

Championnat de France Breaking 2022, dimanche 12 juin, 14h
Arkea Arena, Floirac (33)