Un break brise une barrière, un virage oublié. À son bord, quatre jeunes gens s’abîment, de la falaise dans la mer. « Tombant. » Dans ce saisissant roman vertical, Fabien Clouette nous plonge, tels des homards saisis sans préavis, directement dans le bain fatal avec ses personnages. Et la surface de l’eau frappée par la voiture dévoilera ensuite les symétries. D’un côté le firmament et son onomastique, de l’autre les profondeurs sous-marines dans lesquelles les personnages, amateurs de plongée, aiment à se mouvoir. Le soleil des derniers jours d’été, les rêves humides. La réalité et les espoirs d’une jeunesse en devenir. Le travail rude et la glande.

En apnée, nous découvrons les reflets des écailles de ces êtres en miroir, V. et sa sœur Stella, le narrateur et Cosmos, et, faune satellite emportée par les courants gravitant autour d’eux, Ponce, L’Ange, Isabella… La densité de la langue profonde de Clouette impressionne durablement ainsi que son aptitude à surprendre son lecteur par une multitude de détails malmenant le réel comme ces tonnes de cassettes VHS s’échouant sur les plages, ces écrans volés qui s’entassent, cette gendarmerie au milieu d’aquariums. Gonflé d’air et d’adrénaline par le dévoilement direct de son climax, le roman avance alors que le break s’enfonce par une écriture marine et sous-marine, dévoilant le présent et révélant le passé. Au-delà et en deçà de la surface des choses.

Fort et enivrant whisky que ce livre qui, une fois fini, vous laissera en bouche un goût particulier, celui, salé, de l’iode de nos jeunesses dérivant défaites dans les profondeurs du temps. Tout ce que la mer emporte, le peu qu’elle nous laisse.

TombantFabien Clouette, L’Ogre