ODSPEED YOU! BLACK EMPEROR – Le monument canadien d’un certain (post)rock facile pour gens difficiles revient avec son huitième album nous sauver du désastre.

Cet été, dans l’anonymat le plus complet, F#A#∞ a fêté ses 25 ans. Voilà. Nul doute, nous avons vieilli avec Godspeed You! Black Emperor, cette utopie marxiste, éclose dans le Mile End de Montréal, Kanada, étendard malgré elle de l’exigence d’une étiquette à part – Constellation Records – plus proche de Dischord Records que des faux indés à la mode.

F-GY!BE ©Yannick Grandmont

De cette intransigeance, qui fera école tout comme d’autres pourtant à des années-lumière (au hasard, Labradford, Tortoise, Mogwai), qu’avons-nous donc retenu ? Que la beauté ne sauvera pas le monde de l’aliénation capitaliste mais qu’un glissando de violon pouvait provoquer plus de drones encore
qu’un mur d’amplis.

Et c’est peut-être ici que se niche la véritable résistance. Tout comme le refus de diffuser sa face (la même photo promo depuis 1997 !), de jouer le jeu des médias et pire, celui des réseaux sociaux, de sacrifier à la figure du clip vidéo, de courir après les festivals. De se prostituer en somme. L’éthique si souvent victime de la lâcheté (« musicians are cowards », hurlait Efrim Menuck) n’a jamais été ici une posture, ainsi Allelujah! Don’t Bend! Ascend! (2012), publié après un hiatus de dix ans, capturait le printemps érable et le fracas du monde avec une force spectaculaire.

Le récent G_d’s Pee AT STATE’S END! (2021) ne déroge en rien à la ligne de conduite. Tant mieux. Notre besoin de consolation n’a jamais été aussi immense.
MAB

Godspeed You! Black Emperor
Jeudi 6 octobre, 20h30, Krakatoa, Mérignac (33)
krakatoa.org