Octobre est une période riche en actualités : Journées nationales de l’Architecture, exposition à Paris des Albums des Jeunes Architectes et Paysagistes… JUNKPAGE a rencontré trois agences de Nouvelle- Aquitaine distinguées parmi les lauréats de ce concours biennal. A6A et MOONWALKLOCAL en architecture, l’Atelier du Sillon pour le paysage. Regards croisés sur leurs parcours. 

Par Benoît Hermet

Initiés par le ministère de la Culture, les Albums des Jeunes Architectes et Paysagistes (AJAP) distinguent des talents de moins de trente- cinq ans qui ont réalisé un projet ou participé à un concours. Sans vouloir être exhaustif, discuter avec ces nouvelles générations permet d’esquisser quelques réalités partagées. Parmi les trois lauréats de Nouvelle-Aquitaine, les membres d’A6A1 et de MOONWALKLOCAL2 se sont croisés à l’école d’architecture de Bordeaux et ont plutôt un ancrage urbain, à Bordeaux en l’occurrence (plus Royan et Anglet pour A6A). Pauline Gillet et Nicolas Besse, qui composent l’Atelier du Sillon, exercent en milieu rural. Formés à l’école du paysage de Blois3, ils ont travaillé dans des agences parisiennes avant de s’installer dans un petit village de Dordogne, « un choix de vie », tous les deux ayant aussi des attaches dans la région. Pour autant, les limites sont souples et les agences vont où leurs projets les mènent – ville ou campagne !

Visions collectives, échelles diversifiées

Travailler ensemble n’est pas une idée nouvelle dans l’architecture mais aux yeux des générations actuelles, quelques spécificités ressortent. A6A tient à un fonctionnement en binôme sur chacun de ses projets, et ce dès la conception. « À deux, on se complète, on évite de se retrouver seul face à l’inconnu. Dans les agences plus classiques, il nous semble que c’est plus sectorisé… » Le collectif MOONWALKLOCAL souligne l’importance des « regards croisés » et du débat au sein du projet. L’Atelier du Sillon pratique son métier de paysagiste-urbaniste avec une grande part de dialogue auprès de ses maîtres d’ouvrage, souvent des collectivités.

Autre aspect, ces structures travaillent sur toutes les tailles de projets. C’est aussi vrai dans la majorité des agences mais celles-ci vont intervenir sur de petites échelles, souvent en lien avec leur histoire. Les membres de MOONWALKLOCAL ont commencé par réaliser des installations artistiques dans le cadre de manifestations pluridisciplinaires (Architectures Vives à Montpellier, Agora à Bordeaux…). « Ces projets ont formé le groupe aux échanges, lui ont donné son énergie », souligne Étienne. Il n’est pas rare qu’ils participent à leurs chantiers, à l’image d’une maison écologique en bois, terre et paille réalisée en Dordogne. Dans le même esprit, l’Atelier du Sillon invitait les habitants d’un village à construire des petits éléments de patrimoine en pierres sèches lors d’un projet pour le centre d’art de Vassivière en Limousin.

Sobriété, maquettes et récits

Les savoir-faire et les ressources concernent aujourd’hui tous les professionnels de la construction mais sans doute que les nouvelles générations ont une sensibilité plus forte sur ces sujets. La sobriété est une des clés de voûte de l’atelier A6A qui se traduit à travers plusieurs principes : qualité d’usage, conception par trames pour des bâtiments modulables, évolutifs, palette économe de matériaux… S’ils réalisent du logement collectif, ils conçoivent aussi des micro-architectures comme une maison à Ustariz, dans le Pays basque. Proposant un mode de vie très simple, au contact de la nature, elle a été préfabriquée en atelier pour limiter l’impact du chantier.

Atelier A6A, maison H-eva à Ustaritz (64)

En retrait des grandes agglomérations, l’Atelier du Sillon intervient en Limousin, Creuse, Corrèze ou Dordogne, avec une vision globale du paysage qui intègre souvent des enjeux de préservation. Qualité des espaces publics dans un hameau, implantation de nouveaux habitats, volumétrie, circulations, limites… L’Atelier du Sillon crée des maquettes pour proposer plusieurs scénarios à ses maîtres d’ouvrage. Cette pratique trouve un écho au sein de MOONWALKLOCAL : « Une maquette c’est concret, modifiable, on peut “zoomer” dedans… Nous évoluons beaucoup dans un monde d’images alors que l’architecture est aussi un métier progressif, où les choses sont actées pas à pas… ». Ce qui ne les empêche pas d’utiliser des technologies actuelles comme l’impression 3D ou d’intégrer le réemploi de matériaux à leurs projets.

Sans forcément mettre en avant un style particulier, l’architecture doit composer des récits, et cette idée semble commune aux trois structures. Être sélectionné au concours des AJAP, c’est aussi l’occasion de marquer une étape, de mettre des mots sur un parcours et d’avoir une visibilité à travers l’exposition, le site internet… « Il faut prendre cette signature des AJAP et l’amener avec soi », résume Michel Hardoin d’A6A. Bonne route alors !

1. Roberto de Uña, Michel Hardoin, Antoine Ragonneau.
2. Lucas Geoffriau, Étienne Henry, Camille Ricard, Axel Adam et Xin Luo.
3. École nationale supérieure de la nature et du paysage.

Journées nationales de l’Architecture, du vendredi 15 au dimanche 17 octobre sur le thème : « Vivre ensemble » journeesarchitecture.culture.gouv.fr
Exposition des AJAP, du jeudi 14 octobre au dimanche 14 novembre, Cité de l’Architecture et du Patrimoine, Paris, puis en 2022 au 308 – Maison de l’Architecture en Nouvelle-Aquitaine (dates à confirmer). ajap.citedelarchitecture.fr