L’AMÉDÉE

Fauché en plein vol par une crise sanitaire qui n’en finit pas de ne pas en finir, l’établissement a fait le dos rond pour mieux rouvrir et dévoiler sa cuisine gourmande. Enfin !

Longtemps, ici, se tenait un rade de quartier. Populaire. Boudin / purée et quart de rouge. Une histoire centenaire n’attendant qu’un nouveau souffle. Faut avouer que ce paisible coin bordelais souffrait cruellement d’une offre digne de ce nom et de sa population quand vient l’heure de passer à table.
Miracle des loups, François-Xavier « FX » Levieux, Maxime Édouard et Nicolas Brieu sont arrivés sur cette place en patte d’oie, connue en ville pour avoir longtemps été le siège de l’école de cirque et pour sa fontaine en pleine réfection. La triplette, passée par les bancs des Jésuites de Saint-Joseph de Tivoli, n’avait pas lésiné sur ses recherches, souhaitant débusquer coûte que coûte un boui-boui à retaper intégralement. Et, surtout, loin de l’hypercentre.
À vrai dire, l’estaminet constitue la base arrière d’un plus vaste projet : (re)dynamiser la vie de quartier grâce à cette proximité idoine pour le bal du 14 juillet comme pour la Saint-Sylvestre, et qui ne demande qu’à accueillir guinguette éphémère, pétanque, expositions, dégustations et autres parties de ping-pong pour le bonheur de toutes les générations.
Toutefois, procédons par étapes car 2020 et son goût rance de sandwich au caca mais sans pain contrarient nombre d’ambitions. Modeste, l’équipe a heureusement le vent dans le dos. Début prometteur, confinement, vente à emporter (le bon tuyau : venir avec sa gamelle pour une portion plus généreuse), réouverture au-delà des espérances (réservation fortement recommandée pour déjeuner ou souper). Un savant mélange d’effet de nouveauté, de bouche à oreille, de lieu de vie (des tapas aux cocktails, du café au brunch dominical bientôt de retour) et de qualité.
Oui, l’assiette ne ment pas. Ni la devise « cuisine gourmande ». Hétérogène (finger food, salades, cru, street food, plats et desserts), la carte change chaque semaine. Les tarifs sont tenus : plat / dessert / boisson à 20 € le midi.
Resté sur le souvenir estival ému d’un fish & chips à se damner (secret : une tempura avec du komeko, farine de riz japonaise), le ventre de votre serviteur a jeté sa gourme sur un tartare de thon (20 €). Chair hyper-tendre, riz cuit à la perfection, mayonnaise épicée ce qu’il faut. Merveille dans le palais. Puis, direction l’île d’Er (département des Côtes-d’Armor) pour le dessert (7 €). À la lecture du bordel – custard vanillée, pavlova, chocolat latte et caramel –, les miquettes. À l’arrivée, un délice. Onctueuse, tendre, croquante, custard légère, notes de fudge et cacao tonique. Sacré repas.
30 couverts, terrasse ombragée, marquise, micro-comptoir, lounge vintage sans ostentation (pour un Hemingway Special Spritz : liqueur de Marasquin, pamplemousse pressé, citron vert et prosecco), Amédée vise juste et sait honorer la filière locale (Château de la Grave, Grains Fins 2019, Côtes de Bourg, blanc en repérage du moment).
Saint-Omer bien fraîche. Playlist plaisante car mezza-vocce. Penser à revenir pour le satay de porc et le mille-feuilles…

Marc A. Bertin

L’Amédée,
9, place Amédée-Larrieu,
33000 Bordeaux
Du lundi au vendredi, 11h30-14h30, 17h30-minuit
Samedi, 18h-minuit
Réservations : 05 56 96 55 14
www.lamedee.fr