On devina assez vite que le petit opus de la sommelière et journaliste Sandrine Goeyvaerts avait le beau potentiel de renvoyer dans leur « 22 » les œnophiles et tenants raides d’un patriarcat séculaire.

Au-delà de la faculté de la trublionne à attiser les réseaux sociaux, on rendra hommage à sa volonté pédagogique de déployer en quinze chapitres concis et efficaces les grands thèmes du sexisme, du validisme ou du racisme dans un milieu qui a miraculeusement échappé à l’opprobre et de s’intéresser en particulier à la langue du vin comme un possible outil d’émancipation.

Sandrine Goeyvaerts ouvre son manifeste sur le vin comme symbole de la lutte des classes et convoque à bon escient la linguiste Laurence Rosier, pour qui « de même que la gastronomie reste un modèle, la culture française cultive le paradoxe entre l’esprit franchouillard, la gauloiserie et le raffinement. On se donne ainsi l’illusion fausse de résoudre la lutte des classes ». La dégustation du vin reste bien l’apanage d’une classe.

On s’arrêtera enfin sur l’intéressante incise relative au vocabulaire du vin et son racisme sous-jacent, et s’étonnera avec elle de la forte résistance en France à parler du manque de représentativité dans le milieu du vin et de son besoin d’être décolonisé. Le livre reste jubilatoire – sapide ? – et ouvre, à n’en pas douter, quelques portes sur de beaux sujets d’étude. Chère Belge, merci pour ce salutaire coup de pied de l’âne, que l’auteur de ces lignes, quinqua et blanc, accepte bien volontiers !
Henry Clemens

Manifeste pour un vin inclusif Sandrine Goeyvaerts
éditions Nouri Turfu