En collaboration avec le réseau des Librairies indépendantes en Nouvelle-Aquitaine, JUNKPAGE part chaque mois à la rencontre de celles et ceux qui font vivre le livre dans ce territoire.

Sophie a le timbre chaud et enthousiaste. On pouvait s’attendre à moins d’entrain. En effet, lorsque la jeune femme s’installe, début 2020, patatras les choses se confinent, puis se pétrifient… À Saint-Esprit comme ailleurs. Néanmoins, cet arrêt a permis de peaufiner un véritable projet de librairie de quartier.
Si Bayonne compte quelques librairies avec pignon sur rue, en revanche, aucune n’existe sur cette rive de l’Adour. Sophie Rinck, qui a appris le métier à Strasbourg, d’où elle est originaire, s’extasie devant une population iconoclaste, curieuse et cultivée. Il faut dire que ce quartier de la gare et du beau cinéma L’Atalante attire depuis quelque temps déjà une population en quête de cité plus sociale, plus mixte, plus solidaire. Sophie se satisfait également de compter parmi ses voisines et voisins, toutes et tous trentenaires, cafetiers, épiciers et épicières lancés dans de nouvelles aventures commerciales.
Un signe profond de mutation. Grâce à un banquier épatant qui la soutient, elle met la main sur le local au 12 boulevard Alsace-Lorraine, en novembre 2019. La librairie est chaleureuse, colorée. Un endroit où il fait bon vivre, et où les personnes à mobilité réduite peuvent entrer !
Le mobilier, un rien disparate, s’inscrit dans une ambiance « fait maison », on note des écriteaux drolatiques manuscrits.


L’assortiment destiné au jeune public est large. Ici, on s’évertue à mettre en avant de petites maisons d’édition. Sophie ne se cache pas derrière son petit doigt, affichant élégamment ses convictions : ainsi, au centre de la pièce, remarque- t-on immédiatement l’étagère dédiée au genre et au féminisme, recoupant aussi les questions de racisme et de classe. Dans le rayon sociologie, des livres traitant des violences policières ; dans le rayon maternité et éducation, J’ai décidé de ne pas être mère de Chloé Chaudet. Sans oublier un rayon fourni sur l’écologie et un espace dédié aux expositions.
À la question du choix du nom, Sophie dit que Chez Simone respirait la convivialité et que la connotation bar-tabac lui seyait parfaitement. Simone Signoret, Nina Simone, parmi les Simone célèbres, trônent naturellement à l’entrée. Deux artistes rappellent le souhait de développer un rayon ciné et musique. Elle a d’ailleurs récemment créé BookNote, une sorte de Tiny Desk – captation musicale faite dans une librairie. Un projet parmi la centaine que Sophie a en tête, aidée il est vrai par Estelle et Damien, ses deux indispensables apprentis.

Henry Clemens

Chez Simone
12, boulevard Alsace-Lorraine,
64100 Bayonne
Du mardi à samedi, 10h-13h et 14h-19h 09 81 29 24 01 www.facebook.com/OnKiffeSimone/


LES RECOMMANDATIONS DE LA MAISON

Entre les Jambes, d’Huriya, chez Le Nouvel Attila. L’histoire, en partie autobiographique, d’un garçon né à Marrakech dans les années 1970. Un Maroc fermé et prude n’acceptant pas une mère travailleuse du sexe et

encore moins le petit garçon intersexué et protagoniste du livre. Aujourd’hui femme, Huriya décrit un Maroc interlope, des bas- fonds, peu ou pas vu dans les livres ou au cinéma. Tranchant, incisif et poétique. La claque de la rentrée !

Dans la petite maison d’édition Ypsilon, je recommande Conchetta et ses femmes
de Maria Attanasio. Ça se passe en Italie, après la Seconde guerre mondiale. L’auteure dépeint un parti communiste italien extrêmement actif, mais particulièrement misogyne, et dresse le portrait de Conchetta, qui revendique le droit de faire partie du PC Italien, de défendre le droit des femmes. Remarquablement bien écrit, un petit bonbon d’énergie et de nostalgie.