SOPHIE BOURY En 1994, François Renou, ex-guitariste du groupe rock Standards et fondateur de Clubs et Concerts, invente Clubs et comptines, le guide jeune public de la CUB. Une première en France. Aujourd’hui, le gratuit s’écoule à 112 000 numéros par an. Le succès de ce trimestriel désormais indispensable n’a fait que croître et sa cote d’amour grimper. Pour fêter ses 25 ans, soit une génération qui a vu les trésors de 1994 devenir parents des trésors d’aujourd’hui, le magazine organise une ribambelle de manifestations. Le point sur l’histoire d’un succès de la presse gratuite bordelaise avec la directrice de la publication.

Propos recueillis par Joël « Bambino » Raffier

Comment s’est passé l’avènement de Clubs et comptines ?

François Renou, qui avait créé Clubs et Concerts avec succès [le titre existe encore, NDLR], a eu un fils en 1990. Forcément, quatre ans plus tard, il s’est intéressé à ce qui était disponible pour distraire et éveiller les petits. Sa soeur, Mireille Penaud, tenait la librairie Comptines et lui rapportait souvent qu’elle rencontrait beaucoup de parents à la recherche d’informations. Ainsi a-t-il eu l’idée de créer Clubs et comptines en empruntant une partie du nom à la librairie de sa soeur. Une idée géniale, en avance sur son temps. C’est un peu une histoire de famille. Il y avait aussi Vincent Filet – que vous connaissez bien [il s’agit de notre vénéré directeur de la publication à JUNKPAGE, NDLR] – qui s’occupait du secteur commercial à Clubs et Concerts. Il a aussi contribué au démarrage de l’aventure. Ensuite, lorsque j’ai repris la parution en 2006, Mireille Penaud a été ma rédactrice jusqu’à la retraite.

Comment vous êtes-vous retrouvée là ?

Je suis arrivée de Paris en 1998. J’ai fait partie des rares Parisiens acceptant à l’époque de s’installer à Bordeaux. La boîte de mon mari y avait été transférée ; de fait, nous avions été les seuls à accepter la mutation. Cela paraît incroyable aujourd’hui. Les gens trouvaient la ville moche et grise. J’ai eu un coup de coeur. Je suis bretonne et au niveau végétation j’ai retrouvé l’Ouest, les glycines, les palmiers, c’était super. Pendant un an, j’ai installé ma petite famille. C’est à l’Office de Tourisme que l’on m’a conseillé Clubs et comptines. Donc, j’ai vécu ma vie de famille néo-bordelaise avec Clubs et comptines en poche. J’ai ensuite travaillé comme commerciale indépendante pour Vintage, un magazine sur le vin vendu en kiosque. J’ai découvert la région, les vignobles et les châteaux, c’était fabuleux. Pour des raisons familiales, j’ai dû arrêter de travailler et, lorsque j’ai voulu reprendre, j’ai appris que Clubs et comptines cherchait quelqu’un pour la publicité. J’ai été commerciale de 2002 jusqu’à mon rachat du titre en 2006. Une belle aventure. Chaque numéro qui est sorti est mon bébé.

Quel est le degré de confiance des parents pour Clubs et comptines ?

Haut. Ils ne se trompent pas. Toutes les informations que nous recevons sur les spectacles et les manifestations sont contrôlées. Les parents peuvent emmener leurs bambins les yeux fermés, ils savent qu’il n’y a pas de traquenard.

Quel genre de traquenard peut-on rencontrer ?

Il faut faire attention aux sectes par exemple. Avant de publier une information, je vais rencontrer les personnes en charge, in situ, pour voir la structure, humer l’ambiance, constater comment les choses se déroulent. Donner carte blanche pour une annonce c’est risqué. Nous avons un côté garde-fou.

Vous est-il arrivé de refuser de publier ?

Très peu, mais ce n’était pas des sectes, juste des endroits un peu glauques où l’on n’aurait pas eu envie de laisser ses enfants, donc de conseiller. Si j’envoie nos lecteurs vers des adresses peu fiables, ils ne vont plus nous lire. Les spectacles ne posent pas de problème, plutôt les gardes d’enfants, les ateliers d’arts plastiques… Des choses comme ça, mais c’est rare. 

Je me suis laissé dire que le rapport du public avec Clubs et comptines, en plus de la confiance, tenait d’un fort sentiment d’affection…

Je crois qu’il en a toujours été ainsi, même du temps de François Renou. Pour ma part, j’adore ce que je fais. Par exemple, j’entretiens d’excellentes relations avec mes clients, je parle de ceux à qui je vends des espaces publicitaires. Je n’ai pas une approche uniquement commerciale avec eux. Ce sont des amis, je les conseille, nous sommes partenaires. La publicité est la seule rentrée d’argent d’un gratuit. Il faut vraiment bichonner les annonceurs, sinon ils ne renouvellent pas leurs contrats. Comme les nôtres sont très ciblés, il n’y a pas un grand renouvellement, d’où la nécessité de créer des liens. Avec les lecteurs, c’est plus difficile. Je ne les connais pas forcément, toutefois, je sais qu’ils nous aiment bien.

Comment le savez-vous ?

Dans chaque numéro nous organisons un jeu avec des places à gagner. Nous recevons beaucoup de réponses avec des dessins d’enfants, des mots des parents qui nous encouragent, nous remercient, nous disent à quel point nous sommes indispensables dans leur vie de famille. On constate un véritable amour pour ce titre. Quand je transporte un paquet de numéros sous le bras chez nos distributeurs, je me fais arrêter dans la rue par des hommes comme par des femmes. Nous avons vraiment l’impression de travailler à un journal d’utilité publique.

Où le trouve-t-on ?

Essentiellement, dans les lieux culturels, mais on essaie d’aller au-delà et on en distribue dans les mairies qui les déposent dans les structures d’accueil, les crèches municipales, les écoles. Nous essayons de toucher le jeune public le plus large. D’une manière générale, nous n’imprimons pas les prix des spectacles, mais lorsque c’est gratuit nous le signalons. Sur notre site internet nous avons un filtre « gratuit ».

En 1994, les spectacles pour enfants n’étaient pas si fréquents, vous avez repris l’affaire au moment de leur plein boom…

Oui, je le sens encore aujourd’hui, même si cela commence un peu à se calmer. Une véritable explosion. Les compagnies artistiques ont développé le genre, souvent avec de belles réussites. Tout le monde a compris que les parents aussi devaient s’amuser avec leurs enfants. On a vu apparaître des spectacles pour tous, à différents niveaux de lecture, pour la fratrie, les parents et même les grands-parents. Nous allons beaucoup au spectacle et les réactions des enfants sont formidables. Ce n’est pas facile de capter l’attention des gosses. Si cela ne plaît pas, on le voit de suite dans le public, c’est un bon test pour les artistes.

Spectacles mis à part, avez-vous constaté une efflorescence de concepts privés pour les enfants depuis votre arrivée ?

L’essor de la population est évident mais au niveau de l’implantation de nouveautés, cela reste timide. Pour ce qui est des spectacles, ça va très bien. Pour les concepts, on peut mieux faire par rapport à ce qui existe dans d’autres villes.

Par exemple ?

Un coiffeur spécialisé pour enfants. Un restaurant, genre café-poussette, vraiment conçu pour les parents et les enfants. Ici c’est encore un peu timide.

Entre l’école, les écrans, les spectacles, les enfants trouvent-ils le temps de s’ennuyer ?

Je trouve que c’est important. Je ne suis pas là pour remplir l’agenda d’un petit comme celui d’un ministre. Nous faisons des propositions, mais il est important de s’ennuyer pour un môme. Ne serait-ce que pour découvrir quoi faire pendant ce temps, pour éprouver sa curiosité et son autonomie. Je n’incite pas à la surconsommation. 

Vous dites « nous » en parlant de Clubs et comptines, en fait vous êtes deux. Pouvez-vous me parler de cette deuxième personne ?

C’est la rédactrice Ékatérina Kirillova. Elle m’a envoyé une candidature spontanée en 2012 et j’ai gardé sa lettre qui était parfaite. Je savais que Mireille ma rédactrice devait partir dans les 6 mois à la retraite. Je savais que c’était elle qu’il me fallait. Je l’ai embauchée pour quelques heures par semaine pour travailler avec Mireille. Surtout pour qu’elle ne parte pas ailleurs. Ses parents sont russes, elle est arrivée en France à l’âge de 9 ans. Elle a beaucoup d’idées, d’application, elle est fabuleuse. C’est elle qui fait la sélection car en plus de l’agenda que nous voulons exhaustif, il y a des choix. Elle fait un travail journalistique, en plus elle écrit bien à partir des informations disponibles ; elle réécrit tout en fait.

Que se passe-t-il ce mois-ci pour votre anniversaire ?

Pour une revue gratuite, 25 ans c’est pas mal. C’est une génération. Je vois des petites jeunes avec leur bébé me dire que leurs parents les sortaient grâce à Clubs et comptines. Nous organisons des fêtes gratuites pour nos lecteurs. Il y en a eu une à l’I.Boat en juillet. Il y aura une après-midi entière au musée des Douanes avec un goûter gratuit. Ils lancent leur mascotte inspirée d’un chien douanier. Il y aura un vrai chien douanier dans la cour ; un chien anti-stupéfiants. Il y aura aussi une journée garderie à l’Opéra et une journée d’escalade gratuite sur inscriptions.

Des projets pour le futur ?

La base de notre lectorat est solide, nous pouvons envisager quelques nouveautés. Le format ne changera pas, mais nous réfléchissons à des améliorations pour la maquette. On me dit souvent qu’elle est vilaine, un peu surchargée. Mais j’hésite car je veux rester avec l’idée d’un guide pratique. On y cherche l’information. Point. C’est comme dans un dictionnaire, on ne demande pas à un dictionnaire d’être beau, mais d’être juste et complet. Nous proposons 800 à 900 événements référencés par trimestre, je ne veux pas me transformer en magazine. Mais il y aura du changement. Je crois que pour décembre nous serons un peu courts. Ce sera pour 2020 disons.

Samedi 5 octobre, de 14h à 17h30,
après-midi insolite avec goûter offert, musée national des Douanes,
Bordeaux (33).
Réservation 09 70 27 57 49.

Samedi 5 et dimanche 6 octobre, 16h30, jardin d’enfants avec deux spectacles par la compagnie du Veilleur et Ars Nova, Grand-Théâtre, Bordeaux (33).
Réservation 05 56 00 85 95.

Dimanche 27 octobre, de 14h à 18h30, jour de fête et d’escalade, Climb Up, Eysines (33).
Réservation au 05 56 92 30 40.

Samedi 30 novembre, de 9h à 13h, matinée pour les trésors de 0 à 3 ans, Les Bébés des Capucines, Gradignan (33).
Réservation 06 35 29 64 42.
clubsetcomptines.fr