ALEXANDRE DUPEYRON. Du 31 mars au 12 avril, l’Institut culturel Bernard Magrez accueille « Dysnomia », nouvelle série du photographe. 

« Dysnomia ». Non seulement, c’est le titre d’un livre réunissant plus d’une dizaine d’années de recherches picturales, mais c’est aussi une exposition, qui débute jeudi 31 mars, à l’Institut culturel Bernard Magrez. Inauguration en présence du photographe et d’un quintette jazz, Theorem of Joy, avec une création musicale signée Thomas Julienne. Pour Alexandre Dupeyron, hors de question de rester dans l’aspect « mortuaire » de la photographie. L’artiste a tenu à produire un live, pendant lequel, à la façon d’un DJ, il mixera ses clichés pour les présenter de manière vivante et animée. 

L’espace et le temps 

D’où l’on vient ? Où nous sommes ? Vers où cela nous mène ? Ces trois questions constituent le fil conducteur de « Dysnomia ». Un nom choisi en référence hellénistique à la déesse du chaos et de la discorde. Et aussi pour le trouble du langage qu’elle désigne : la dysnomie aphasique, qui rend incapable de mentionner le mot correspondant à un objet. 

« Il y a une ambiguïté que je cherche dans la photographie, une forme d’intraduisible, de confusion entre le microscopique et le macroscopique, de pluralité de perceptions. D’où le rapport avec la déesse Dysnomia et la dysnomie aphasique », nous explique Alexandre Dupeyron.  

Le livre dévoile une chronologie de notre univers, partant d’images abstraites du Big Bang, en passant par la naissance du vivant, du végétal, de l’animal, de l’Homme, jusqu’au monde actuel, peuplé de mégalopoles, victime de la globalisation. Une vision qui s’inscrit dans les nombreux voyages effectués par le photographe, dont un à Singapour. Une fois ce point atteint, le livre montre la disparition de l’Homme. « La vie s’atomise et n’est plus symbolisée que par des traits de lumière. » 

Le rêve 

La fin de Dysnomia se confond avec la fin de l’Humanité. « Et cela aboutit à un rêve. Certains le voient comme un cauchemar, d’autres comme une renaissance. J’ai voulu montrer comment l’esprit de l’Homme pouvait se réincarner à travers une série anthropomorphique. »

Le rêve, Alexandre Dupeyron a une façon de le traduire en photographie. Pour cela, il utilise un procédé commun aux pictorialistes : la gomme bichromatée. Ce qui ajoute une touche de peinture et d’évasion à l’univers clos de la capture d’images.  

« Pour moi, la photographie, c’est la capacité à retranscrire l’invisible. L’usage de la gomme bichromatée permet d’obtenir quelque chose de fou, de vaporeux, et qui possède une force d’évocation et de suggestion puissante, semblable à celle de la chimère. Le flou fait parler l’imagination. Tandis que la netteté est trop bruyante… »
Chloé Maze

« Dysnomia »Alexandre Dupeyron
Du jeudi 31 mars au mardi 12 avril, Institut culturel Bernard Magrez, Bordeaux (33)
Vernissage et concert, jeudi 31 mars, 19h
www.institut-bernard-magrez.com

Dysnomia, Sun/Sun
www.alexandre-dupeyron.com