ISA MELSHEIMER – Pour sa première exposition, Alexandra McIntosh, la nouvelle directrice du Centre international d’art et du paysage de Vassivière, accueille l’artiste berlinoise avec un travail qui interroge l’architecture moderne tout autant que notre environnement naturel.

Au sud-ouest de la Namibie, dans ce désert du Namib, considéré comme le plus vieux désert du monde, pousse une plante qui n’a cessé de captiver les biologistes depuis sa découverte au xixe siècle. Nommée en l’honneur du botaniste Friedrich Welwitsch qui l’a décrite pour la première fois en 1859, la Welwitschia mirabilis a l’apparence étrange d’un monstre fossile assoupi. Constitué de deux grandes feuilles qui croissent en continu dans des sens opposés, ce végétal est par ailleurs doté d’une incroyable longévité puisqu’on estime que sa durée de vie oscille entre 1 000 et 2 000 ans.

Pour son exposition monographique au Centre international d’art et du paysage, installé sur l’île de Vassivière, Isa Melsheimer a choisi de s’emparer de cette espèce dans des céramiques sculpturales où les feuilles tentaculaires fusionnent progressivement avec des éléments architecturaux et des éléments bâtis qui évoquent les formes et les couleurs emblématiques de l’architecte italien Aldo Rossi. Lequel a imaginé en duo avec Xavier Fabre, le bâti du Centre international d’art et du paysage justement.

À travers des media très différents (textile, béton, céramique, broderie, peinture), les œuvres de cette artiste, représentée par la galerie Jocelyn Wolff, croisent les formats, fusionnent l’organique et l’inorganique, le végétal et l’artificiel, pour former une réalité autre. Cette réalité renvoie à une interprétation combinatoire de l’éternel retour comme le dévoile le titre choisi pour l’exposition.

Intitulé « Les corps concrets sont en nombre fini », ce dernier fait référence à l’écrivain et poète allemand Heinrich Heine (1797-1856) qui a écrit : « Le temps est infini, mais les choses qui existent dans le temps, les corps concrets, sont en nombre fini. Ils peuvent être dispersés en leurs plus petites parties ; mais ces particules, les atomes, ont leur nombre déterminé, et leurs configurations qui, toutes, sont formées de celles-ci existent aussi en nombre déterminé.

Dès lors, aussi long que soit le temps nécessaire, en considération des lois éternelles qui gouvernent les combinaisons de ce jeu éternel des répétitions, toutes les configurations qui ont préalablement existé sur cette terre doivent se rencontrer, s’attirer, se repousser, s’embrasser et se corrompre l’une l’autre à nouveau. » 
Anna Maisonneuve

« Concrete Bodies Are Finite »Isa Melsheimer
Jusqu’au dimanche 26 juin
Centre international d’art du paysage, île de Vassivière, Beaumont-du-Lac (87)
ciapiledevassiviere.com