Fanzines, autoédition et presse parallèle en Nouvelle-Aquitaine. En partenariat avec La Fanzinothèque de Poitiers. Necronomicon noise aux allures de magazine professionnel, Hello Happy Taxpayers était une invitation à saigner des yeux et des oreilles.

Le décès récent du génial illustrateur Henriette Valium nous conduit à évoquer le fanzine bordelais Hello Happy Taxpayers (1983-1993). Réduit à l’acronyme HHT pour les intimes, le titre (« Salut joyeux contribuables » dans la langue de Tex Avery) est emprunté au lexique de l’imperturbable chien Droopy – premier paradoxe de la part d’une rédaction (Filleau, Champaloux, Vinz, etc.) particulièrement perturbée. HHT fut un fanzine influent. Plus d’un vétéran des amours underground, à l’évocation de cette publication, songe avec émotion aux années où Bordeaux était aussi noir et blanc que des photocopies et soupire avec nostalgie : « Ah, Hello Happy Taxpayers, toute ma jeunesse ! »

Le fanzine avait l’apparence d’un véritable magazine professionnel – ou d’une revue – car, mille fois mieux qu’un plan Copifac ou copieur du bureau des parents, les machines-outils nécessaires à sa reprographie étaient fournies par l’imprimerie Cazabonne, puis par l’imprimerie du Loup, où les rédacteurs avaient leurs entrées. En 1983, HHT publie son numéro zéro (tiré à 500 exemplaires), à la mise en page gothique, avec déjà des références telles que Flipper ou The Birthday Party. L’adresse postale est celle de la boutique de disques Trash (23, rue de Ruat). S’ensuit une décennie de repérages de musiques industrielles, punk, hardcore et autres formes extrêmes ; le tout agrémenté d’un univers visuel raccord et de citations de Nietzsche ou Héraclite en guise d’éditorial. Le n°1 s’ouvre sur une chronique de Black Flag (sommaire complété par Einstürzende Neubauten).

Au mitan des années 1980, HHT s’achète hors de Bordeaux : chez Vertiges à Biarritz ; à la librairie Fanzines de Poitiers ; à la boutique Audiovision (disques et fringues) à Dax. Les sommaires persistent à être radicaux et pionniers. Lydia Lunch est détachable en poster. Francis Falceto présente l’association L’Oreille Est Hardie (futur Confort Moderne) avec déjà la question : « On vous a souvent accusé de vous être laissé acheter par la municipalité. » On lit les paroles rapportées de Camera Silens, Laibach ou des $wan$ ; les chroniques de Costes, Eugene Chadbourne ou autres fulgurances (« on s’apercevra peut-être trop tard que Sonic Youth est un groupe génial »).

L’artiste Pakito Bolino (venu des Beaux- Arts d’Angoulême) y tenait une rubrique à la Willem, intitulée « Vomir des yeux », avec profusion d’images et d’adresses pour aiguiser sa cervelle et ses globes oculaires : Pierre La Police, Blexbolex, Y5P5, Bruno Richard, Chacal Puant… Plus c’est tordu, mieux ça rentre dans la ligne éditoriale.

La décennie 1980 s’achève en faisant découvrir aux lecteurs le label Dischord, Dinosaur Jr. reprenant The Cure en 45 tours, Henry Rollins en entretien (« Ça fait plaisir d’ouvrir sa gueule de temps en temps. Rollins en a une grande. »), Steve Albini et… Henriette Valium, le dément dessinateur québécois.

La décennie 1990 commence avec Cop Shoot Cop, Neurosis, Jad Fair, Born Against, Charles Burns ou Mudhoney chroniqués live à Berlin après une halte psyché dans un loft enfumé. Les forces locales ne furent jamais passées sous silence, parmi lesquelles Voodoo Muzak (Hasparren) ou RWA (la rage whiskeuse et animale bordelaise).
Hello Happy Taxpayers faisait parfois dans la prise de tête, mais au moins, cf. le n°10, c’était annoncé dès
la couverture !

Sélection par La Fanzinothèque, 185 rue du Faubourg-du-Pont-Neuf 86000 Poitiers
Actualités et catalogue en ligne sur www.fanzino.org