NOËL CUIN Valises vitrées, autels domestiques, outils nuptiaux, architectures déconstruites, suites anachroniques, cette œuvre a engagé depuis la fin des années 1970 une conversation éminemment poétique avec un monde qui dépend autant du rêve que du réel.

Noël Cuin a le sens du rapprochement, de l’assemblage et de l’équilibre qu’il pratique avec invention et élégance. Il multiplie les techniques : peinture, dessin, sculpture, installation murale, vidéo, impression numérique, dorure à la feuille, vitrail, fusain, aquarelle, huile fixée sous verre. Il associe diverses matières : papier, verre, miroir, soufre, stuc, fer forgé, bronze, bois, organza, soie. Il convoque des motifs récurrents : table, chaise, bol, assiette, silhouette, main, barque, caillou, ombre, goutte, lumière, bille, architecture, nuage.

Noël Cuin, I.D. idées, Collection FRAC Aquitaine, 1982

Même s’il ne résiste pas à l’envie de célébrer l’ailleurs, l’interrogation rêveuse, il reste toujours soucieux d’une certaine justesse et ne coupe aucunement le lien avec la réalité immédiate. Il puise ses images, ses objets et ses substances dans des repères issus du quotidien, des histoires à la fois proches et lointaines, des souvenirs de voyages, de lectures (les textes notamment de René Char, Paul Celan et Pascal Quignard) et les implique dans une rencontre inédite.
Cette exposition importante, réalisée dans un dialogue fructueux avec son commissaire Pierre Brana, décline toutes les facettes et les étapes majeures de son œuvre qui n’a jamais cessé de se renouveler tout en insistant sur la force de ses permanences.
Noël Cuin développe une œuvre vouée à l’exploration d’un monde, à la fois tangible et imaginaire, qu’il réduit à quelques références, quelques échos. Ce n’est pourtant ni la possession de ce monde ni l’évasion hors de ce monde qu’il désire. Il ne cherche pas à avoir prise sur la matière plurielle qui le constitue, mais à instituer une présence ouverte, disponible, qui impose sa saveur particulière, à la fois mystérieuse et évidente.
Chaque élément prend le risque de devenir pur et simple signe, mais sans jamais perdre cette qualité de résonance qui permet d’échapper à toute clôture, toute entrave. Le signe ici reste perméable à de multiples sollicitations. Il sait contenir sa part de silence. Il sait se confronter à l’obstacle de l’invisible sans renoncer à la transparence du visible.
Tout ce qui se donne ici à voir renvoie à l’élémentaire, et donc appartient à une certaine forme de fragilité. Images ou objets s’affirment dans une sorte de complicité heureuse, dans une constante hésitation entre apparition et disparition. Tout devient paysage avec des ressources inconnues, oubliées, loin de l’ordre clos des significations.
Rien n’y est fermé. Les passages et les seuils y génèrent une vibration constante. Formes, couleurs, gestes, respirations préparent à ce moment privilégié où les registres et les frontières ne disposent plus de règles établies, où le regard pénètre dans un espace aéré, attentif à tout appel, et soudain riche de promesses singulières, comme celui qui existe entre l’accessible et l’infini, entre la reconnaissance et la découverte, entre l’énigmatique « cueilleur de barques » et l’hypothèse d’une « lumière de lait », entre ce qui se puise dans les rêves et ce qui remonte à la surface du réel. Didier Arnaudet

« Noël Cuin – Un trajet de reflets »,
jusqu’au dimanche 18 juillet, Château Lescombes, Eysines (33). www.eysines-culture.fr

Noël Cuin Le cueilleur de barque, Collection particulière, Paris, 2001