©Alain Vacheron

BENOÎT DISSAUX
Directeur du Théâtre Olympia labellisé scène conventionnée d’intérêt national « Art en territoire », l’homme a fait, en 20 ans, de la ville balnéaire une incontournable place forte pour propositions chorégraphiques de haute volée.
Propos recueilli par Henry Clemens

20 ans de direction les pieds dans le sable, ça fait un bail ! L’heure d’un bilan est-elle venue ?
Je le fais souvent. J’aime bien prendre un peu de distance avec ce que j’ai accompli, ce qui m’épargne d’inexorablement tomber dans la routine ! C’est vrai qu’on peut penser que 20 ans c’est long et qu’il aurait été opportun de bouger, mais je n’en ai jamais ressenti le besoin dans la mesure où il y a toujours eu des projets artistiques à Arcachon et que ces années je ne les ai pas vues passer !

Vous arriviez de Saint-Omer pour vous confronter à une page blanche…
Ma chance, c’est que lorsque je suis arrivé, tout était à créer ; il y avait effectivement une page blanche. Bâtir un projet artistique qui tienne la route en tenant compte d’un contexte, d’un environnement singulier, était passionnant ! Aujourd’hui encore, avec l’obtention du nouveau label, et au bout de 20 ans, nous entamons une nouvelle ère.

Les débuts ont-ils été difficiles ?
De 2001 à 2006, ce fut presque exclusivement un travail de terrain, de prospection et de rodage ! Nous louions alors le Palais des Congrès et investissions parfois le cinéma Olympia pour des petites formes. La mise en place d’actions culturelles notamment avec les établissements scolaires a constitué une importante phase. Par chance, pour moi, en 2001, le Festival international du cinéma au féminin a été relocalisé à Bordeaux ; moment où Arcachon m’a demandé de réfléchir à un nouvel événement culturel. J’ai pu, ce fut un sacré atout, m’appuyer dès 2001 sur la volonté politique municipale de booster la culture dans la ville.

Claire_Parise

Votre tropisme pour la danse apparaît au grand jour très rapidement…
…Cadences est né en 2002. Je viens du Nord-Pas-de-Calais, d’un centre culturel qui affichait beaucoup de danse dans sa programmation. Je me suis vite rendu compte que Bordeaux, la Gironde et plus largement la Nouvelle-Aquitaine ne proposaient pas de temps forts dédiés à la danse. Arcachon a donc accepté cette proposition. L’idée était de créer un festival qui colle bien au cadre naturel, avec la plage et le Bassin pour horizon. Le public vient désormais voir des spectacles de danse, mais, surtout en l’occurrence, la danse va à la rencontre d’une population. Ça faisait clairement partie du deal. Cadences s’est naturellement installé dans le paysage et ça fait 20 ans que ça dure !

« Aujourd’hui, je ne crains plus d’accueillir une compagnie de danse contemporaine
en résidence, de convier les Arcachonnais à une création. »

Comment résout-on les nombreuses équations proposées par un site balnéaire ?
À mon arrivée, on m’avait mis en garde : « Tu verras, Arcachon ce sont des séniors, des maisons de villégiature, des huîtres, du vin blanc et les petits chiens dans les rues. » Il me fallait faire avec 12 000 habitants l’hiver, 7 000 résidences secondaires et 80 000 habitants l’été ; sacré choc pour moi qui arrivait du Nord !

Le projet devait tenir compte de ces fluctuations de population. Il a fallu constituer une équipe puis convaincre que la culture était indispensable dans la vie des gens, même de personnes sur site balnéaire ou en villégiature. Il a fallu impliquer la ville, les commerçants, les associations… Un véritable travail de terrain durant les premières années. Je dois souligner que l’OARA, l’IDDAC, la Région, la Municipalité ou encore le Département m’ont toujours soutenu et accompagné.

Comment séduit-on un public de villégiature ?
Sans surprise, il a d’abord fallu convaincre et mobiliser ce public avec une programmation comportant des têtes d’affiche et des spectacles d’appel. Il s’agissait d’assoir cette base et classe d’âge pour les amener progressivement vers d’autres esthétiques. L’idée étant de monter en puissance au fil des saisons. Aujourd’hui, je ne crains plus d’accueillir une compagnie de danse contemporaine en résidence, de convier les Arcachonnais à une création.

Vous avez été largement suivi…
J’ai démarré avec 200 abonnés en 2000-2001. Aujourd’hui, ce sont 1 300 abonnés et 85 % de taux de fréquentation. Ce qui signifie que nous avons élargi notre public aux Bordelais, Landais, Lot-et-Garonnais… En 2006, la municipalité a construit un théâtre avec une jauge de 1 000 places, un vrai défi par rapport
aux 12 000 habitants et au fait que 65 % de la population avait plus de 60 ans. L’engouement du public a été immédiat, suivi par l’obtention du label national de scène conventionnée pour la danse en 2007 ; une reconnaissance sur le territoire créant un vrai élan supplémentaire.

Bâtiment ALAIN VACHERON 09.05.2010 PLAGE AUX ECRIVAIN OLYMPIA

Comment investit-on le territoire et des zones culturellement parfois atones ? 
C’est d’autant plus une de nos missions que nous sommes depuis cette année scène conventionnée d’intérêt national « Art en territoire » à dominante danse, un nouveau label délivré pour quatre ans confortant ce que nous avons déjà initié dans la mesure où nous travaillons avec des communes limitrophes et que nous sommes aussi un peu lieu de ressources et de conseil. À l’heure où ces communes avoisinantes affichent de nouvelles velléités artistiques avec les créations ou les réfections de lieux de spectacle, il me semble que nous devons veiller à ce
qu’il y ait une cohérence et une complémentarité de l’offre.

Si vous deviez dégager un spectacle de la programmation 21-22 ?
Je choisirais d’en évoquer plusieurs ! En danse, je ne peux pas passer sous silence la venue le 7 avril 2022 d’une des meilleures compagnies de danse contemporaine : le Sydney Dance Ballet ; c’est tout simplement exceptionnel ! En musique, je citerai Rita Payés et Elisabeth Roma Duo, un rendez-vous jazz avec trombone et guitare. Enfin Le Mariage forcé de Molière, mis en scène par Vincent Tavernier qui remonte les pièces avec acteurs, musiciens et danseurs sur le plateau ; un spectacle complet et un petit événement en soi !

Que voulez-vous qu’on dise de vous dans quelques années ? 
Que l’on retienne que le Théâtre Olympia s’est imposé comme un lieu incontournable de la culture et du spectacle vivant dans la grande région. Que j’ai indéfectiblement lié Arcachon à la danse pour longtemps… j’espère !

Théâtre Olympia, 21 avenue du Général-de-Gaulle 33120 Arcachon
Billetterie : 05 57 52 97 75 www.arcachon.com