FRANÇOIS MÉCHAIN

La Ville de La Rochelle, le Centre Intermondes et l’Espace d’arts du lycée Valin rendent hommage à l’artiste Méchain disparu en 2019. Chapeautée par Nicole Vitré-Méchain, son épouse, l’exposition, dont elle assure le commissariat, se déploie dans trois lieux et réunit des créations inédites ainsi qu’un ensemble significatif de l’oeuvre de cet infatigable voyageur, héritier iconoclaste de la galaxie land art.

Propos recueillis par Anna Maisonneuve

D’où vient François Méchain ?
Il est né en 1948 en Charente-Maritime, à Varaize, qui se situe à côté de Saint-Jean-d’Angély. François a été très marqué par ce territoire, par le paysage dont il a observé les bouleversements, le remembrement, etc.

Comment sa sensibilité à l’art est-elle née ?
C’est quelqu’un qui a toujours dessiné. Bien qu’issu d’un milieu d’agriculteurs, ses parents l’ont laissé faire ce qu’il désirait. On s’est rencontrés aux Beaux-Arts de Bourges, où il est entré en 1969. Là-bas, il a étudié la photographie à une époque où la formation était quasi-clandestine, parce que le médium n’était pas du tout reconnu. Par la suite, il est devenu assistant à l’école, puis il a passé un concours pour enseigner la photo. Il a été pris à l’école supérieure d’art et de design de Saint-Étienne. Parallèlement à sa carrière artistique, François a toujours enseigné que ce soit en France ou à l’étranger que ce soit au Canada, à La Réunion, à l’école de l’Institut d’art de Chicago ou à l’université de Walferdange au Luxembourg.

François Méchain a été repéré très jeune…
Effectivement. À 25 ans, il a été remarqué par la galerie Zabriskie installée rue Quincampoix, à Paris, puis il est entré chez Michèle Chomette, qui a été une galerie pionnière dans la promotion de la photographie.

Quel type de photographie réalisait-il ?
Au tout début, son travail flirtait avec le documentaire. Il y a par exemple une série très ancienne baptisée « Épouvantails », qui consistait à capter des objets le long de la route. Mais très rapidement la photographie pure ne lui a plus suffi. Il a développé une pratique réflexive du médium en s’intéressant au grain, à la lumière, etc. Puis, sont venues les séries des « Séquences » puis des « Équivalences » : des petits poèmes visuels sur le monde, une façon très particulière d’utiliser le motif, la répétition, la séquence et la narration.

François Méchain, Sculpture fiction n°2, 1998 © François Méchain

Comment s’élaborent ses premières interventions dans le paysage ?
Il a franchi le pas en 1985 avec « Géographies animales », où il intervenait directement à la peinture sur les buissons et les arbres. Sont venues ensuite les « Sculptures-fiction » avec de très grandes sculptures faites avec des matériaux trouvés sur place.

Vouées à disparaître, ces actions n’existaient que par la photo ?
Oui. François est quelqu’un qui tirait lui-même ses épreuves argentiques. Le travail en chambre noire était très important pour lui. Il disait toujours qu’un négatif n’est qu’une promesse. Éphémères, c’est la photographie qui restituait la présence de ses oeuvres dans le paysage. Tirées parfois dans de très grands formats, François défendait l’idée que le spectateur puisse entrer dans l’image.

Il a beaucoup été invité à l’étranger avec son autre volet, les « In situ »…
Effectivement, au Canada, aux États-Unis, au Brésil, en Finlande, au Sénégal, en Grèce, en Italie et j’en passe. François a mené une grande part de sa carrière à l’étranger. Pour les « In situ », l’enjeu, c’était d’accepter le défi d’un lieu. Je trouvais assez extraordinaire le fait qu’il parvienne à ne jamais répéter la même forme. Il avait pour habitude de dire qu’il opérait des « carottages dans l’épaisseur du monde ». Il s’interrogeait sur la matérialité du lieu, son histoire, sa dimension sociale, politique, topographique et concevait ensuite une forme qui pouvait prendre l’allure d’une installation dont la dimension pérenne était restituée par la photographie. Son dernier grand « In situ » a eu lieu en Chine en 2015.

François Méchain se sentait-il proche du land art ?
Il a souvent été assimilé, un peu abusivement d’ailleurs, au land art. C’était commode. Mais il ne s’inscrivait pas du tout dans cette lignée. Ses affinités électives se situaient du côté de ceux qui travaillent in situ, sur le lieu. Il a certes oeuvré dans la nature mais aussi dans nombre de lieux très urbains. Il y a une chose récurrente dans son oeuvre, c’est l’absence d’individu. Par contre il y a des arbres. Pour lui c’était une manière indirecte de parler de l’humain, de l’être et de la société. Il était frappé par les similitudes du champ lexical : le tronc, les racines, les branches de l’arbre généalogique. Quand les forestiers parlent des très vieux arbres du reste, ils parlent de sujets.

« Un parcours / Hommage à François Méchain »,
La Rochelle (17).
« In situ ou le souci du monde »,
jusqu’au dimanche 25 octobre,
Centre Intermondes.
« Dess(e)ins »,
jusqu’au dimanche 1er novembre,
chapelle des Dames blanches.
« Séquences et Équivalences »,
jusqu’au jeudi 10 décembre,
Carré Amelot.
« À travers la fenêtre »,
Espace d’arts du lycée Valin,
sur RDV (05 46 44 27 48).
www.larochelle.fr