FABRIZIO GALLANTI – arc en rêve centre d’architecture est une institution à Bordeaux, fondée il y a plus de 40 ans. Son nouveau directeur a pris ses fonctions l’an dernier dans un contexte encore marqué par la crise sanitaire. En 2022, il poursuit avec son équipe un cycle d’expositions et de rencontres faisant la part belle aux ouvertures. 
Propos recueillis par Benoît Hermet

Fabrizio GALLANTI, directeur d'Arc-en-reve centre d'architecture
Fabrizio GALLANTI, directeur d’Arc-en-reve centre d’architecture

Quel a été votre parcours avant de prendre la direction d’arc en rêve en avril 2021 ?

D’origine italo-française, j’ai grandi à Gênes, où j’ai effectué des études d’architecture. Après mon diplôme, j’ai exercé différents postes autour de l’architecture, dans l’enseignement, la recherche, le commissariat d’exposition, l’écriture… L’Italie est un pays où l’architecture est considérée comme un acte culturel, historiquement et dans les pratiques. Après avoir obtenu un doctorat à l’école polytechnique de Turin, j’ai vécu en Allemagne, au Japon, au Chili. De 2011 à 2014, j’ai intégré le Centre canadien d’Architecture à Montréal dont j’ai été directeur des programmes. J’ai aussi enseigné à l’université McGill et à l’université de Montréal tout en étant commissaire d’exposition en free-lance.

Qu’est-ce qui vous a décidé à rejoindre l’institution bordelaise ?

Je connaissais arc en rêve comme un des lieux phares de l’architecture en France, avec un rayonnement international. J’ai répondu à l’appel à candidatures car je voulais m’investir dans un projet d’équipe, avec la force d’une histoire, tout en apportant mes expériences au sein d’un réseau international. Mes séjours à l’étranger m’ont appris que nous avons souvent une vision du monde très « eurocentrique », qui est assez injuste. Il faut déconstruire cette idée selon laquelle l’architecture moderne aurait été inventée en Europe et plutôt voir des centres multiples. Mes prédécesseurs qui avaient fondé arc en rêve, Francine Fort et Michel Jacques, ont souvent donné la parole à des architectes venus de Chine, du Bangladesh, du Burkina Faso, en montrant donc qu’un récit vraiment cosmopolite était possible… arc en rêve est pour moi ce point de conjonction qui permet aussi de montrer l’architecture bordelaise et française.

Expositon Bruther - Moteur Forme Action
Expositon Bruther – Moteur Forme Action

Comment cette vision de l’architecture se retrouve-t-elle dans la programmation ?

L’exposition « Bruther », présentée récemment, qui avait été établie par mes prédécesseurs, correspond tout à fait à ce que je veux proposer. Il ne s’agissait pas d’une rétrospective classique mais plutôt de montrer des expérimentations, une réflexion qui explore les matériaux au sens large et pas seulement des réalisations finies. La suite du programme d’expositions pour 2022 en est aussi l’illustration. Nous abordons de multiples sujets, de multiples territoires… L’agence GRAU partage ses recherches sur la métropole jardin dans quatre villes, à Bordeaux et à l’étranger. Nous avons aussi donné une carte blanche à MBL architectes qui inventorient l’architecture du quotidien en France. Cet été, nous investissons la nef du CAPC sur le thème de l’architecture avec les habitants. Ce sera l’occasion d’explorer des projets menés sur les cinq continents sélectionnés par les commissaires invités, Christophe Hutin et David Brown(1). En septembre, nous évoquerons les salles de classe de l’adolescence, collèges et lycées, une coproduction avec des institutions au Portugal et en Belgique.

« Quand l’architecture est de qualité, elle stimule des récits intéressants, c’est ce que nous voulons partager avec le public. »

Ce travail de découverte s’inscrit-il dans la continuité de l’histoire d’arc en rêve qui a toujours organisé beaucoup d’ateliers, de conférences ?

En effet, la médiation auprès des publics reste l’un des piliers d’arc en rêve. Près de 150 activités sont menées à l’année et nous recevons entre 8 000 et 9 000 jeunes dans nos locaux. Nous avons relancé pour 2022 un programme de conférences élargi et enrichi, ainsi que des actions hors les murs, comme les projections de films au cinéma Utopia. À travers les expositions, nous voulons aussi valoriser le travail d’architectes moins connus, leur apporter une visibilité, leur offrir ces espaces d’arc en rêve qui ont une histoire. Nous invitons également des penseurs extérieurs à l’architecture.

Est-il important de renouveler le regard sur l’architecture ?

Oui, je le crois. Une exposition d’architecture montre des objets qui ont été conçus au départ pour un autre contexte, comme des dessins, des maquettes de concours, pas pour être exposés dans une galerie… Il faut donc identifier à chaque fois la manière de les présenter à des publics qui ne sont pas des spécialistes. Je pense qu’il existe plusieurs façons de raconter l’architecture et je ne suis pas sûr que les architectes soient toujours les plus efficaces pour parler de leur travail ! Il existe aussi différents médiums, comme les films qui peuvent montrer le mouvement, l’ambiance d’un quartier… Nous réalisons par exemple des vidéos pour la Maison de l’Architecture en Nouvelle-Aquitaine sur de jeunes agences qui ont été lauréates des AJAP(2).

Plus largement, l’architecture évolue-t-elle aussi dans ses pratiques ?

L’architecture du grand geste me semble être en voie d’extinction et nous allons plutôt vers des pratiques de dialogues, tout en laissant aux architectes l’expertise de leur métier qui est très complexe, coordonnant lui-même d’autres savoirs. Le grand geste architectural est souvent au service d’un marketing urbain, d’une forme de capitalisme ou de nationalisme. À l’inverse, si elle est coordonnée à une vision urbaine bien pensée, l’architecture peut redynamiser un quartier, une ville… Quand l’architecture est de qualité, elle stimule des récits intéressants, c’est ce que nous voulons partager avec le public.

(1) Christophe Hutin était le commissaire du pavillon français de la Biennale d’architecture de Venise 2021. David Brown était le directeur artistique de la Chicago Architecture Biennial 2021.
(2) Albums des Jeunes Architectes et Paysagistes.

arcenreve.eu