Nathalie Troquereau

LA MACHINE À LIRE L’emblématique librairie bordelaise fête ses 40 ans. L’occasion pour la propriétaire d’organiser rencontres et événements, et de revenir sur l’histoire et les engagements qui ont fait la marque de l’enseigne.

Hélène des Ligneris a repris La Machine à Lire il y a onze ans, laquelle fut fondée par Henri Martin. Quand elle récupère cet espace aux voûtes et à la pierre bien bordelaises, son premier réflexe sera « de mettre en avant les livres et les pierres », nous confie-t-elle. Véritable antre de la littérature, La Machine à Lire a ceci de particulier qu’on sait tout de suite à qui on a à faire. Le choix des livres et les tables thématiques sont évocateurs d’un engagement qu’Hélène nomme citoyen : « c’est une librairie engagée dans la lutte contre l’exclusion, sous toutes ses formes ». Rien de plus naturel pour cette ancienne dirigeante d’une entreprise d’insertion. En effet, celle-ci propose une lecture sociale du métier. Quand elle rachète l’ancienne maison de presse rue Le Chapelier pour en faire La Petite Machine, c’est d’abord pour sauvegarder ce lieu voué à mettre la clé sous la porte. Elle le transforme en mini-librairie tout en conservant sa fonction première, et pour la gérer, y place un employé autiste. Mais Hélène embarque aussi quatre fois par an en prison des auteurs de renom tel Maylis de Kerangal ou encore Hervé Le Corre. Pour lire, pour échanger, pour ne pas exclure. Une mentalité qui participe peut-être au succès de la librairie, qui a doublé son chiffre d’affaire en dix ans et dont l’affluence ne cesse d’augmenter. « Pour la rencontre avec Mona Chollet, j’ai été stupéfaite du nombre de gens – et surtout de jeunes – qui se sont déplacés. Nous avons dû refuser du monde ! » s’étonne Hélène. Ne venez pas lui dire que la clientèle des librairies est vieillissante, tout cela n’est que préjugés. Voir ce commerce si florissant a de quoi étonner pourtant. On s’imagine la difficulté à s’imposer face au mastodonte bleu que représente Mollat à Bordeaux. « On ne vit pas face à ou contre Mollat. On existe, point. » assène la maîtresse des lieux, qui nous reçoit dans La Machine à Musique, autre antenne de la marque spécialisée dans la vente de partitions, d’instruments, de disques et de méthodes de musique. Là aussi, Hélène a racheté l’historique enseigne Lignerolles, qui aurait fermé, constituant une perte culturelle pour la ville considérable. « Ce rachat est le signe d’un engagement pour la culture en général. Ces lieux auraient été perdus. »
Le 18 juin sonnera le début des festivités pour La Machine, qui couple son anniversaire avec les éditions Verdier, elles-mêmes vieilles de 40 ans. Les auteurs Marielle Macé (Nos Cabanes), Michel Jullien et François Garcia se joindront à la fête à laquelle chacun est convié. Le 3 juillet, La Machine entend fêter la jeunesse et sa littérature si inventive et populaire. Le 3 octobre, la fête prend de l’ampleur et se paye une palanquée d’auteurs : Yves Ravey, Antonio Moresco, Nathacha Appanah et d’autres encore liront leurs textes accompagnés d’un orchestre. Ensuite, l’orchestre continue de jouer « et on boira tous un petit coup de rouge sur la place, en musique » nous apprend la propriétaire-organisatrice, en s’ébouriffant les cheveux d’excitation. En novembre, c’est James Ellroy en personne qui fera le déplacement au 8 place du Parlement. La classe. Mais ici, c’est un peu tous les jours la fête puisque l’établissement tourne à un rythme de deux rencontres par semaine… Rendre la lecture vivante, c’est peut-être là le secret. Pour ce faire, l’équipe de libraires tient un rôle majeur : « Ce qui se vend le mieux, c’est ce que les libraires défendent. Les gens sont très attentifs aux notes de lecture, certains suivent Olivier, d’autres se fient à Christophe. Les choix de l’équipe sont très importants. Je crois que ce qui marche chez nous, c’est notre sens de l’accueil, de l’exigence, et notre absence d’élitisme » analyse Hélène, fière de son équipe. Quand on lui demande si La Machine à Lire fêtera ses 80 ans, la patronne semble confiante : « Oui, je l’espère. Je ne l’organiserai pas mais j’ai déjà le schéma pour la suite, pour quand je serai fatiguée. Mon équipe est stable, il n’y a plus de départs et je crois qu’ils savent que je pense à eux pour la suite. »


La Machine à Lire,
8 place du Parlement, Bordeaux.
Retrouvez toute la programmation sur : https://www.lamachinealire.com