MÉRIGNAC PHOTO – Cette année, la manifestation invite l’agence VU’. Une édition rassemblant le travail de huit femmes photographes de toutes générations et nationalités.

Laboratoire permanent de réflexion sur les évolutions du monde et de l’image, VU’ collabore tout autant avec des talents émergents qu’avec des lauréats de prix prestigieux (World Press Photo, prix Leica-Oscar Barnack, W. Eugene Smith Award, prix Henri Cartier-Bresson, Visa d’or, prix Carmignac du Photojournalisme, etc.). Si sa filiation documentaire est assumée – avec une création en 1986 au sein du quotidien Libération et le choix d’un nom en hommage au célèbre hebdomadaire d’information illustré des années 1930 –, VU’ revendique depuis 35 ans une liberté de territoires d’expression.

Sur le fleuve Amour près de Blagovechtchensk 1991 ©Claudine Doury

Les huit regards retenus offrent une espèce d’aperçu des multiples sensibilités à l’œuvre chez VU’. Cette sélection, fruit de 10 mois de travail, se déploie sur 4 sites (Vieille église, médiathèque Michel Sainte-Marie, parc du Vivier et, nouveauté, le bois du Burck). Pour autant, selon Patricia Morvan, codirectrice des projets culturels et des expositions au sein de l’agence, « il ne s’agit pas de regards de femmes, mais de propositions invitant au voyage, accessibles à tous les publics ».

Ainsi, les cimaises de la Vieille église Saint- Vincent offrent un savoureux dialogue entre États-Unis et Russie via les travaux respectifs de Vanessa Winship et de Claudine Doury.

FAMILY LOVE, 1993 – 2004 ©Darcy Padilla

La première, lauréate du prix HCB (la première dans l’histoire de cette distinction !) décerné par la Fondation Cartier-Bresson pour son travail « Là-bas, une odyssée américaine » en 2011, a été exposée en 2013 à la Fondation Henri Cartier-Bresson. Puis, a été l’objet d’une première rétrospective en 2014 à la Fondation MAPFRE à Madrid. Membre de VU’ depuis 2005, la Britannique entreprend avec son mari, le photographe George Georgiou, un voyage aux États-Unis qui donnera lieu à la publication du livre She Dances on Jackson ; titre en référence à une photographie manquée, description d’une scène qu’elle n’a pas pu saisir. En position d’« étrangère », de la Californie à la Virginie et du Nouveau-Mexique au Montana, elle débusque l’étranger et l’étrangeté, refusant pour autant une exploration en version road trip au profit d’un véritable itinéraire, mû par son instinct de photojournaliste. Reconnaissant les influences conjuguées de Robert Frank et de Richard Avedon, elle joue des portraits et des paysages, dans un noir et blanc dévoilant une incroyable solitude et une profonde mélancolie nourries par l’incessante quête du rêve américain.

La seconde, récompensée du prix Leica-Oscar Barnack (1999), du World Press Photos (2000), du prix Niépce (2004) et lauréate du prix Marc Ladreit de Lacharrière – Académie des Beaux- Arts (2017), propose une odyssée sibérienne, entamée en 1991. « Amour 2019 » suit le long tracé du fleuve mythique, frontière entre Chine et Russie, documentant à la façon d’Edward Curtis les peuples natifs (nanaïs, oultches, nivkhes) à la faveur de plusieurs séjours. Attachée aux familles et aux communautés, la Française interroge non seulement l’âme et l’identité, mais aussi une histoire de la conquête de l’Est, notamment Vladivostok, équivalent russe d’Ellis Island. De ces 30 années, l’intéressée avoue : « revenir sur le même théâtre n’empêche nullement de vivre de nouvelles histoires ». 
Marc A. Bertin

« Histoires particulières – 8 femmes photographes de l’agence VU’ »
Jusqu’au dimanche 4 septembre, Mérignac (33)
merignac-photo.com