ENSEMBLE LINKS + ENSEMBLE SOCIAL SILENCE. Soirée d’obédience 70s, entre minimalisme et ambient au TAP de Poitiers. Steve Reich et Brian Eno dans le même bateau.

D’un côté, un vénérable octogénaire, incontestable pionnier de la musique minimaliste. De l’autre, « le musicien le plus inutile du rock’n’roll » selon ses propres termes, qui, de disciple du premier, sut s’affranchir pour jeter les bases de l’ambient et devenir accessoirement un des producteurs au CV parmi les plus ahurissants…

Brian Peter George St. John

Soit Stephen Michael Reich et Brian Peter George St. John le Baptiste de la Salle Eno. Soit un résumé de deux des courants les plus fondamentaux de la musique contemporaine de la seconde moitié du XXe siècle. Et, n’ayons crainte d’affûter les superlatifs, deux génies qui ont sans coup férir changer la donne.

Réunir leurs œuvres, le temps d’une soirée, relève de l’évidence tant celles-ci, entrées au panthéon, définissent deux esthétiques si profondes et si riches que leurs legs semblent loin de se tarir.

Steve Reich©Jeffrey Herman

1971, après un voyage au Ghana, Reich signe avec Drumming son « ultime » composition pour voix et percussions reposant sur le principe du déphasage qu’il a contribué à créer ― un thème musical court est répété par différents musiciens, mais toujours avec un temps de décalage. C’est sur cette matière que l’Ensemble Links, qui n’a pas peur de gravir les sommets (Stockhausen, Ferrari, Xenakis) ni de se frotter aux créations d’aujourd’hui (Sakai, Bedrossian, Jodlowski, Ricks), jette son dévolu ; bien rompu au maître, faut-il l’admettre, puisque la troupe de Rémi Durupt avait déjà porté son choix sur l’emblématique Music for 18 Musicians. Fidèle à la version originelle, leur interprétation s’accompagne d’une mise en scène originale : les treize musiciens sont répartis dans l’espace et le public se déplace en un ballet qui va modifier la perception sonore du spectateur/auditeur en fonction de son emplacement.

Avec Ambient 1: Music for Airports, publié en 1978, Brian Eno rebattait les cartes héritées du courant minimaliste pour, selon les termes du journaliste Philip Sherburne, « créer une musique de fond pour solitaires, esthètes et introvertis ». Une appréciation quelque peu réductrice tant les quatre mouvements de l’album ont eu une répercussion fracassante sur la notion même de ce qui deviendrait le design sonore. Téméraires, les Parisiens de l’Ensemble Social Silence en version augmentée d’un quatuor à cordes associent boucles à l’improvisation, machines aux violons.
Marc A. Bertin

« Drumming in motions », Ensemble Links, 19h,
« Musique for Airports », Ensemble Social Silence, 21h,
Jeudi 13 janvier, TAP, Poitiers (86).
www.tap-poitiers.com