FESTIVAL PHILOSOPHIA – Philosopher autrement et parfois joyeusement sur des terres viticoles séculaires de moines vignerons. Le succès est désormais au rendez-vous pour un instant éminemment populaire et démocratique. La 15e édition se penche sur le thème de la Terre. Mazarine Pingeot, présidente du festival européen de philosophie à Saint-Émilion, revient sur la vocation de ce festival et son identité. 
Propos recueillis par Henry Clemens

Ce festival pour quoi faire ?

PINGEOT Mazarine Photo Pascal Ito © Flammarion

Le festival existe depuis 15 ans. Je suis arrivée en cours de route, d’abord en tant qu’intervenante, et j’ai été littéralement éblouie par ce que j’y ai vu. Philosophia est exceptionnel par le choix des intervenants, pour la beauté des lieux investis. Il l’est aussi par son côté très joyeux et festif, qui fait que les gens s’y rencontrent, discutent, parlent. Comme il s’agit de philosophie, il y a une injonction encore plus grande à échanger. On s’évertue à faire sortir la philosophie de l’enceinte de l’université pour la rendre accessible et populaire sans la trahir… Force est de constater que le succès est au rendez-vous, avec des pics de fréquentation à 6 000
auditeurs, bien entendu parmi cet auditoire il n’y pas que des philosophes ou des professeurs.

Un festival pour butiner ?

Oui exactement ! Il y a un choix très dense, suscitant parfois un peu de frustration dans la mesure où il y a souvent plein de belles interventions qui se passent en même temps. On a fait le pari d’une programmation très riche pour que le plus grand nombre y trouve son compte !

Parlez-nous du thème retenu cette année.

Le comité scientifique, qui choisit le sujet, se veut en phase avec les problématiques du moment. Il était intéressant de voir comment la philosophie pouvait s’emparer de cette question également en dehors du prisme environnemental. Il y aura un astrophysicien, un paléontologue, une océanographe pour croiser et mélanger les différents savoirs, avoir des éclairages scientifiques. L’idée était d’en voir toutes les dimensions.

Un temps de discussion, loin de l’invective ?

Ce temps permet de revenir sur le déploiement d’une démonstration philosophique avec une argumentation raisonnée, de voir comment s’envisage un discours philosophique qui ne s’articule pas comme un discours politique. Ces moments restent ouverts à la discussion dans la mesure où à la fin de chaque intervention il y a la possibilité d’un échange entre l’intervenant, l’intervenante et le public. C’est à taille humaine et ces échanges se poursuivent bien souvent jusque dans les cafés ! Nous travaillons sur cette fluidité et ces échanges.

« On a fait le pari d’une programmation très riche pour que le plus grand nombre y trouve son compte ! »

Et le vin dans tout ça ?

C’est central (rire). Si le festival est né à Saint-Émilion, c’est qu’il y avait l’idée d’articuler la pensée à l’ancrage territorial. La pensée n’est pas une chose abstraite, elle trouve ses racines dans plein d’endroits. En venant sur ces terres, nous voulions qu’il y ait cette dimension. La culture de la vigne reste un objet de réflexion philosophique, qui peut être travaillé de façon très différente selon ses convictions. J’ajoute que le vin a toujours accompagné la philosophie avec laquelle il fait très bon ménage. Le vin participe aussi du moment festif et le corps a une place importante !

Et votre projet littéraire Disputatio contemporaine ?

Il s’agit ici de faire parler ensemble des personnes qui ne sont pas d’accord. C’est une collection de sciences humaines, initiée avec ma camarade Sophie Nordmann, dont le premier opus est sorti en mars, à l’occasion de la campagne présidentielle, sur le thème de la mort possible de la démocratie1. Les prochaines publications porteront sur la cause animale, la laïcité… Nous souhaitions répondre à cette question : Peut-on encore se parler ou alors les choses passent-elles systématiquement par le biais de tribunes interposées ? Cela reste en lien avec le festival Philosophia et fait partie du même projet de création d’un espace public de dialogue.

C’est à transposer dans le milieu du vin, entre naturalité et raisonné !

(Rire) Oui, il serait intéressant de mettre en place une vraie disputatio entre le raisonné et le bio. À condition d’écouter l’autre pour reprendre ses arguments et y répondre.

1. Ainsi meurt la démocratie, Chantal Delsol et Myriam Revault d’Allonnes, éditions Mialet- Barrault.

Festival Philosophia
Du vendredi 27 au dimanche 29 mai, Saint-Émilion, Libourne et Pomerol (33)
www.festival-philosophia.com