AOC CÔTES DU MARMANDAIS 2019

LA BOUTANCHE DU MOIS par Henry Clemens

Des vignerons sincères et marmandais – à qui nous avions déjà consacré un article1 – élèvent dans des chais à taille humaine, au-dessus de la vallée fructifère de la Garonne, et pour l’amour du geste, le vieux et local abouriou. Un discret cépage qui s’est si bien accommodé de cette fraîche année 2019, sur ces flancs de collines, qu’on lui a dédié une cuvée entièrement en son honneur : Le Monde d’Après, 100 % abouriou et 100 % biodynamique. Un nom de cuvée – on l’aura compris – moquant gentiment cette période mortifère et de laquelle on aimerait voir naître de vertes et vertueuses perspectives. 

Dans son Dictionnaire encyclopédique des cépages et de leurs synonymes2, Pierre Galet décrit l’abouriou comme un cépage précoce fertile et vigoureux, dont on signale la présence dans le Lot-et-Garonne dès 1882. Il serait résistant à l’oïdium et au mildiou, donnerait des vins colorés, astringents et tanniques… mais manquerait également d’acidité. À l’en croire, il serait en somme, comme le carménère ou le petit verdot : un parfait cépage de complément. Or, voilà qu’avec Le Monde d’Après, nous nous voyons contraints d’amender ce paragraphe de la page 3 du nécessaire ouvrage. Autres temps, autres moeurs. 

Nous aimons tout particulièrement le nez riche et ample de ce vin rouge qui révèle un coeur de griottes noires, des mûres ensauvagées et de la réglisse… rien que ça ! En bouche, peu en reste, le vin exprime quelque chose de minéral ou de crayeux, selon, avant de laisser poindre, en volutes expressives et successives, réglisse et fruits noirs légèrement confiturés. Le vin est d’une magnifique fraîcheur, d’une rusticité assumée. Un vin du monde d’après qui rappellerait un vin d’antan, de cet autrefois magnifié ou mythifié, où l’on acceptait de bonne grâce que le terroir se mêle au vin. 

Le Domaine de Beyssac, conduit par Frédéric et Véronique Broutet et, dernièrement, par leur fille Pauline, est labellisé Demeter3 depuis 2016 afin d’approcher des vins, selon Frédéric, « toujours plus respectueux de leur identité ». L’autochtone cépage – 40 ares sur les 10 hectares du Domaine de Beyssac – a assurément donné naissance à un vin de lieu ; un de ces vins identitaires chéris par l’auteur de ces lignes. Les mono-cépages autochtones ont ceci de nécessaire qu’ils nous font redécouvrir l’essence même des vins qui gouvernent les AOP limitrophes du Bordelais. 

Encourageons cette quête d’identité qui devrait permettre de s’émanciper par le plus beau des moyens des seuls codes girondins du vin. Ce bien ampélographique du Domaine de Beyssac en offre la possibilité. Aux cavistes, désormais, de jouer leur rôle de défricheurs iconoclastes et d’étonner pupilles et papilles.


1 JUNKPAGE#59, in « La Boutanche du mois ».

2 Hachette Livre, 2000.

3 Organisme de contrôle et de certification de l’agriculture biodynamique.


Domaine de Beyssac
Véronique et Frédéric Broutet

Bellevue, Beyssac
47200 Marmande
06 81 26 46 52
www.domainedebeyssac.fr
Prix public TTC : 12 €
Lieu de vente : au domaine