CITÉ DU VIN

« Boire avec les dieux » plonge dans la mythologie et explore l’évolution du rôle joué par le vin dans l’Antiquité en suivant les pas de Dionysos, facétieuse divinité qui initia les mortels à l’ivresse.

« On dit qu’il est arrivé un étranger, un charlatan, un enchanteur, venu de Lydie, avec des boucles blondes, une chevelure parfumée, et qu’il a dans ses yeux noirs les grâces d’Aphrodite. »
Euripide, Les Bacchantes, v. 234, s. p., ve siècle av. J.-C.

Les origines de la vigne, telle que nous la connaissons, c’est l’Orient des Grecs – l’Iran, l’Arménie et surtout la Géorgie. En Égypte, on savourait déjà le « vin blanc » tout comme en Mésopotamie. Chez les Hellènes, rapidement, le produit issu de la fermentation du raisin est associé aux banquets ; l’occasion pour les hommes de se rapprocher des dieux. Or, qui leur a transmis ce goût du breuvage ? Dionysos, bien sûr !
Fils des amours entre Zeus et Sémélé, longtemps caché chez les Nymphes, puis initié par le satyre Silène, cet intime d’Héraclès, compagnon d’Ariane et amant de l’éromène Ampélos, est un dieu errant faisant œuvre de « civilisation » chez les Hommes afin de gagner sa place dans l’Olympe. Sa silhouette la plus connue offre au regard un jeune homme d’une grande beauté, la tête ceinte d’une couronne de feuilles de lierre, flanqué d’une panthère (animal attiré par l’odeur du vin et, qui, selon la légende, après en avoir bu, exhalait une haleine propice à une chasse fructueuse). Toutefois, comme souvent avec les mythes, l’ambivalence fait loi.
En effet, avant d’être le « médiateur » de la libation, ce dieu de la végétation et de la fertilité était le seul – avec sa panthère et les satyres – à boire du vin car il pouvait rendre les hommes fous !
Pire, Dionysos est redouté car imprévisible. Armé de sa thyrse (un roseau ou bien une branche de cornouiller, orné de feuilles de lierre et surmonté d’une pomme de pin), il peut plonger quiconque dans la démence. Jouant des âges et des apparences, à pied ou juché sur son char tiré par une panthère, un taureau et un griffon, seul ou bien précédé de son affolant cortège de satyres et de ménades (parfois même Éros et les Saisons), objet de culte (à Delphes), passeur, Dionysos ne souffre en rien que l’on nie son caractère divin. En somme, il est à l’image du nectar qu’il incarne : la sagesse et l’ivresse, l’amour et la violence…
En cinq sections et une cinquantaine d’artefacts (céramiques, sculptures, pein- tures), dont des prêts exceptionnels du musée national archéologique d’Athènes, de la Fondation Gandur pour l’Art de Genève et du musée du Louvre, le parcours embrasse un millénaire d’histoire ! Sous la férule de Dionysos puis Bacchus (chez les Romains), « Boire avec les dieux » réussit le tour de force de circonscrire toutes les facettes de ce vagabond fuyant la colère d’Héra, l’épouse de Zeus, tout en narrant la diffusion d’une culture et de ses rites dans la civilisation gréco-ro- maine avant l’ère chrétienne. Agáthonas To Krasi

« Boire avec les dieux »,
jusqu’au dimanche 29 août, Cité du Vin, Bordeaux (33). www.laciteduvin.com