SŒURS JUMELLES, LA RENCONTRE DE LA MUSIQUE ET DE L’IMAGE. Co-fondatrice de ce festival d’un genre nouveau, Julie Gayet revient sur le vide que ce dernier comble pour une profession en manque de reconnaissance et de rencontres. La programmation de cette vraie première édition se tient, du 22 au 25 juin, à Rochefort.
Propos recueillis par Henry Clemens

Une deuxième édition pour combler un vide ?

Une vraie première, dans la mesure où celle de l’année dernière fut très amputée par les contraintes sanitaires. Ce fut très frustrant, mais cela nous a permis de créer une petite communauté, de fédérer des acteurs dans ce petit port de Rochefort, de réunir les professionnels de la musique et de l’image. Nous nous sommes surtout rendu compte qu’il yavait réellement une nécessité de créer de la rencontre dans un moment où le numérique, dans nos industries, a pris beaucoup de place et où nos industries communiquent entre elles de manière plus transversale ; entre le cinéma, la télé, les plateformes et le jeu vidéo. 

Il ne s’agit pas d’un festival de musique de film ?

Non, c’est une rencontre entre la musique et les images. J’utilise volontairement le mot image et non pas cinéma. Ce n’est pas musique et cinéma. Ce festival place le compositeur au centre. Il permet aux différents acteurs qui travaillent avec des musiciens ou encore pour différentes images de se côtoyer. Les superviseurs musicaux dans la pub ne rencontrent pas forcément les superviseurs musicaux du cinéma ou du jeu vidéo. Les rencontres prendront la forme de débats, d’échanges d’expériences. Des conversations artistiques, comme nous les avons nommées, auront lieu dans un petit théâtre à l’italienne et permettront à chaque fois d’avoir un musicien, un compositeur, un réalisateur, une réalisatrice qui racontent leur rapport à la musique ou à l’image. Toujours avec un grand écran et des instruments pour permettre de faire dialoguer les images et la musique. Ça sera aussi le cas pour les spectacles prévus pour le grand public sur la grande scène. Un dispositif qui obligera d’une certaine manière les créateurs et les musiciens à illustrer leurs propos en musique et en image. Grâce à un partenariat avec l’INA nous pourrons illustrer certains spectacles avec des images tirées de leur plateforme de streaming Madelen. 

Parlez-moi des temps forts…

…Le premier s’intitule « Joyeusement féministe » ; une journée dédiée aux femmes dans nos industries. Cette année nous proposons un hommage à Varda-Bruzdowicz que nous avons appelé « L’une chante l’autre pas » après celui rendu à Demy-Legrand en 2021. Avec des images inédites d’Agnès Varda, de Delphine Seyrig, etc. Cette année encore, nous aurons la chance que les musiciens de Michel Legrand nous accompagnent avec un orchestre de vingtcordes dans un spectacle mis en scène par Judith Henry. Lors de la cérémonie d’ouverture,Jeanne Cherhal nous fait l’amitié de venir interpréter une chanson d’Anne Sylvestre avant son spectacle sur le cinéma. Le deuxième temps fort est imaginé par IAM, précédé par deuxmusiciennes urbaines, Sally et PR2B. En troisième soirée, Alex Beaupain pour un spectacle autour du rapport à l’image de Gainsbourg avec La Grande Sophie, Clou ou encore Alain Chamfort. JB Dunckel, membre fondateur d’Air et compositeur des films d’Ozon, sera également de la partie. Le dernier jour, Stéphane Eicher vient présenter une création autour d’un cinéma imaginaire. 

Qualifieriez-vous ce festival d’hybride ?

Je ne sais pas si c’est hybride, il est à l’image de notre société, pas enfermé dans une boîte. La musique et l’image sont sœurs jumelles. Demy-Legrand fut une référence de duo musique et image. Je crois que la ville de Rochefort représente ce mariage de la musique et de l’image, de la comédie musicale, du film musical, parle de l’importance du compositeur. J’ajoute que Michel Legrand ne fut pas toujours reconnu à sa juste valeur et lorsque Jacques Demy a eu la Palme d’or à Cannes, c’est lui qui est monté sur scène et pas Michel Legrand. Ce festival va mettre en lumière les compositeurs, dans un moment où on ne peut pas parler uniquement de cinéma et où les séries viennent percuter l’industrie du cinéma. Où le jeu vidéo est devenu avec le confinement la plus grosse industrie de divertissement. Ce festival propose quelque chose de tout à fait nouveau. Si on est curieux de savoir comment ces deux industries correspondent et parlent entre elles, il faut venir au cinéma Apollo Ciné 8, au théâtre de la Coupe d’Or ou devant la grande scène, quai du Port de Plaisance. Nous souhaitons parler de musique avec toutes les images !

Un rendez-vous pro et grand public ?

Le positionnement du festival a été affecté par le dispositif sans public de la première édition qui l’apparentait à des rencontres professionnelles ; ce n’était pas notre idée ! On se dit qu’un fan de jeux vidéo, de séries, de fictions, de films d’animation peut avoir envie de rencontrer, de s’arrêter sur un compositeur. Nolwenn Leroy vient présenter le film d’animation Le Chant de la mer, pour lequel elle a composé des morceaux avec Bruno Coulais. Elle sera en salle avec lui pour nous parler de leur travail. Cette mise en lumière du travail de l’ombre vaudra le coup ! Le festival permet aussi de mettre en lumière auprès du grand public le travail d’Akhenaton avec Bruno Poulet, le compositeur de musique de film. Il vient raconter son rapport à la musique de film et comment ils ont travaillé ensemble sur le film Comme un aimant réalisé par Akhenaton 

Et le rapport au territoire dans tout ça ?

Nous souhaitons effectuer un travail sur le territoire à l’année auprès des collèges et des lycées, en partenariat avec le pôle Image Magelis, et l’EMCA. Nous projetons également de travailler avec les autres acteurs locaux, comme le Festival du film de La Rochelle, le SunnySide of the Doc, ou encore Rochefort sur Toile, avec le soutien de la Région Nouvelle-Aquitaine mais aussi du Département de la Charente-Maritime. J’aimerais que Rochefort s’installe comme ce lieu incontournable où on parle de musique et d’images pour en faire une référence. J’ajoute qu’il y a un grand studio d’enregistrement à Rochefort, l’Alhambra Studios qui est spécialisé dans les enregistrements de musique mais qui a des salles de postproduction, qui fait du montage et qui est de fait totalement un studio de musique et d’images.  

Festival Sœurs Jumelles, la Rencontre de la Musique et de l’Image
Du mercredi 22 au samedi 25 juin, Rochefort (17)
soeursjumelles.com