LE VOGUE Profitant de la mise en cale sèche de l’i.Boat, le restaurant a fait peau neuve tant dans le décor que dans l’assiette. Vous ne viendrez plus aux Bassins à flot par hasard.

D’emblée, évacuer l’idée de jeux de mots foireux façon comique troupier. Penser plutôt à la splendeur passée des dancings et autres salles de cinéma de l’entre-deux-guerres. Oui, Le Vogue, c’est chic, voluptueux, classe. Confiée aux bons soins de l’atelier d’architecture bordelais King Kong, la réfection complète (bar et restaurant) du premier au deuxième pont joue la carte rétro mais sans nostalgie ostentatoire avec coefficient moisi Instagram de rigueur.

Concrètement : une cinquantaine de couverts répartis en tables version duo ou quatuor, banquettes et très grande table d’hôtes (le best-seller des réservations pour rejouer la Cène). Bois
clair, mobilier en osier, une note rose poudré dissimulée et des tabourets en velours vert sapin au service d’un bel équilibre.

On devine quelques intentions diffuses comme l’esprit – hélas disparu – des riches heures en croisière transatlantique se frottant à l’impératif de se distinguer des tables aux alentours, toutes aussi interchangeables dans leur volonté de pousser la clientèle au suicide.

La formule complète ce jeudi de décembre, qui prenait l’allure d’une scène digne du Crabe-Tambour tournée à bord du Jauréguiberry en route pour les bancs de Terre-Neuve, déroulait le menu suivant : carpaccio de champignons de Paris (croquants et tendres) & toast de foie gras mi-cuit ; truite teriyaki (fondante à souhait), purée de patate douce & navet safrané (délicieux) ; charlotte ananas & yuzu. Un sans-faute pour 23 € avec un faible pour cette surprenante relecture du dessert, maison évidemment. Si la formule déjeuner change quotidiennement, la carte, elle, joue les saisons. Clairement, l’ambition est de tutoyer l’univers bistronomique tout en respectant les figures imposées (pêche locale et raisonnable, circuits courts et locavores). Du côté de la cave, on musarde entre Cheval noir, Fleur de Pédesclaux, Morgon, Tronquoy-Lalande sans oublier la cuvée maison (2 000 flacons en lisière de Fronsac et vendanges manuelles). Mention spéciale au pain fourni par La Boulange (Lormont), dont on se prend à rêver qu’il soit livré chaque matin en Riva par Tom Ripley…

Marc A. Bertin

Le Vogue
Bassin à flot n°1. Cours Henri-Brunet
33000 Bordeaux
Du lundi au vendredi : 12h-14h30. Du mardi au samedi : 19h-23h30 www.iboat.eu/le-vogue