« JUNGLE DESIGN »

L’École nationale supérieure d’art et de design de Limoges investit le musée des Arts décoratifs et du Design de Bordeaux dans une exposition racontée en cinq paysages. Retour sur ce projet inédit en compagnie d’Indiana Collet-Barquero, professeure en histoire et théorie du design au sein de l’établissement.

Propos recueillis par Anna Maisonneuve

Qu’est-ce qui a initié ce projet ?
L’idée d’entraîner les étudiants au commissariat : les amener à regarder une pièce qui a été produite au sein de l’école avec un autre regard que celui qu’on peut avoir quand on est immergé dans la pièce. Un exercice de la mise à distance en somme.

Cet exercice a été réalisé à partir d’un corpus d’oeuvres conçues par des étudiants en cours de cursus ?
En partie, mais pas seulement. Il y a aussi des pièces de diplômés et de designers venus en résidence à l’école comme Martin Szekely, François Bauchet, Laureline Galliot ou Gilles Clément.

Quelles idées ont émergé ?
L’idée que la complexité du monde qui les entoure peut être un principe important dans le champ de la création à l’image d’un mille-feuilles avec lequel ils ont à composer. Pour rendre compte de ces différentes questions, on a choisi de travailler autour de cinq paysages qui correspondent chacun à un processus distinct. Il y a celui qu’on voit dans les écoles : je fais avec ce que j’ai, je fais ce dont j’ai envie même si c’est kitsch ou naïf. Il y a le co-design qui se construit à l’extérieur de l’établissement avec différents partenaires. Il y a les projets manifestes ou encore le design qui se construit à partir de paramètres sociétaux, à l’instar de Corenthin Thilloy qui réinvente le design funéraire. Et puis, il y a bien sûr une entrée par la céramique comme miroir du design. C’est le volet le plus fourni.

La place de la céramique est toujours aussi centrale dans l’enseignement ?
C’est un matériau exemplaire quand il s’agit de parler du design. La céramique permet d’aborder la question de la série ou de la pièce unique. Avec elle, on peut déployer toute la chaîne de production. Elle embrasse un champ très large qui permet aux étudiants en design de s’ancrer dans le processus de fabrication d’un objet. On a un énorme atelier céramique, mais aussi d’autres espaces tout aussi importants dédiés au volume, au métal, aux émaux, aux bijoux, au textile… L’école des beaux-arts de Limoges est issue de l’école des arts décoratifs du XIXe siècle. Elle s’inscrit dans la tradition de la filière céramique, mais elle s’est dégagée du côté arts appliqués il y a des décennies. Il n’en reste pas moins que notre territoire est un territoire de la terre, et l’école a toujours eu ce lien avec ce medium que ce soit la porcelaine ou le grès.

Quel en sont les enjeux actuels ?
Nous sommes dans une période charnière. Les processus de fabrication sont en pleine transformation, que ce soit du point de vue de l’industrie, des manufactures ou de l’atelier artisanal. De nouveaux outils émergent comme l’impression 3D. Les projets se traitent autrement. De nouveaux usages apparaissent allant même jusqu’au dématérialisé. Le designer doit s’adapter à ces nouvelles données qui se situent sur le territoire de la production mais aussi sur celui de la création. Cette dernière répond aux besoins de la société, mais aussi à ses questionnements. Produire du design au sein d’une école d’art, c’est être dans le design concret et dans le design spéculatif, à savoir poser des questions, participer aux réflexions et aux débats qui traversent la société. C’est ce qui est passionnant.

« Jungle Design – Le design à l’École nationale supérieure d’art et de design de Limoges »,
du vendredi 4 mars au lundi 4 avril,
musée des Arts décoratifs et du Design, Bordeaux (33).
Vernissage jeudi 3 mars à 19h.
www.madd-bordeaux.fr