Du 15 au 18 septembre, le festival propose une sorte de pendant numérique aux Journées européennes du patrimoine : des artistes visuels de renom (Joanie Lemercier, Martin Messier) et un platiniste légendaire (DJ Pierre) pour apporter une coloration actuelle aux vieilles pierres bordelaises.

Un film projeté cour Mably, un mapping vidéo sur la façade de l’église Saint- Pierre, une installation dans les sous-sols du miroir d’eau, deux DJ sets dans la nef du CAPC : le programme 2022 du festival Écho à venir pourrait n’apparaître que comme un aimable fourre-tout de rendez-vous dans des lieux emblématiques de Bordeaux pendant les Journées européennes du patrimoine (17-18 septembre, et même dès le jeudi 15). Sauf que, parmi les artistes invités, il y a des références dans leurs domaines (Joanie Lemercier, l’un des fondateurs du label visuel AntiVJ ; Martin Messier, l’un des artistes les plus en vue de la prolifique scène montréalaise en matière d’arts numériques), voire des légendes, comme le Chicagoan DJ Pierre, l’homme qui a inventé l’acid house en 1987. Rien que ça… Sauf, aussi, que derrière ces quatre journées, il y a l’association Organ Phantom, qui se débrouille bon an mal an pour faire venir à Bordeaux des artistes qu’on n’aurait probablement pas l’occasion de voir autrement. Shigeto, Mad Mike (le fondateur du mythique collectif techno Underground Resistance) ou Joanie Lemercier, dès 2015 dans la basilique Saint-Michel, c’était déjà Organ Phantom. Qui, auparavant, avait aussi programmé Beans (Antipop Consortium) au Son’Art, ou Mr Scruff (de Ninja Tune) au Bt59.

Et en 2022 alors ? Un mapping vidéo assuré par des artistes maison et des croisières sur la Garonne avec des DJs locaux, mais surtout Joanie Lemercier, qui ouvre l’événement avec un film, Slow Violence, jeudi 15, à 18 heures, à la cour Mably : 27 minutes d’images filmées par drone de l’agrandissement de la plus grande mine de charbon à ciel ouvert d’Europe, à Hambach, en Allemagne. C’est là, à la limite de la Belgique, qu’une forêt vieille de près de 12 000 ans et havre de 142 espèces protégées est l’objet de ce que l’artiste qualifie de « l’une des pires atrocités écologiques d’Europe ». Associées à une BO ambient et/ou tribal, les images de machines géantes creusant la terre ou détruisant une église sont saisissantes.

Impulse promet beaucoup aussi. Visible vendredi 16 (21 heures-minuit), samedi 17 (14 heures-23 heures) et dimanche 18 (14 heures-18 heures) dans les sous-sols du miroir d’eau, cette installation de Martin Messier relie une série de plaques métalliques, à travers lesquelles des impulsions électriques font apparaître des lignes lumineuses. Ce cheminement visible du signal électrique est conçu comme une analogie du cerveau, des cellules nerveuses et des synapses par lesquelles l’information circule.

Et DJ Pierre dans tout ça ? « La soirée du samedi 17 marque aussi la clôture de l’exposition “Commun” avec notamment le designer urbain David Brown, qui vient de Chicago ; il nous a semblé logique de lui associer des artistes de sa ville. » Donc ce monument de l’acid house, qui, 40 ans après ses débuts, reste fidèle au même groove psychédélique et sombre. Mais aussi RP Boo, son homologie en matière de footwork : cette forme de ghetto house rapide, à base de microsamples, destinée à une forme de danse ultra-physique, comme un krump chicagoan. Ça aussi ça fait partie du patrimoine.

Écho à venir
Du jeudi 15 au dimanche 18 septembre, Bordeaux (33)
organphantom.org