Qu’éprouver face à la destruction ? Les gravats sont-ils un paysage enchanteur ? Sait-on distinguer autre chose qu’un champ de ruines ? Cela n’a l’air de rien, en apparence, mais l’œil de Daniel Poller – notamment distingué par le premier prix du « Aenne-Biermann-Preis » pour la photographie contemporaine allemande à Gera en 2015 ; et le prix européen de la photographie d’architecture de Francfort-sur- le-Main en 2017 – déniche plus d’un niveau de lecture à la faveur de ce travail a priori documentaire.

Daniel Poller aus der Serie Endgültige Fassung der Beschlussvorlage, 2020©VG-Bildkunst

En effet, commissionné par la municipalité de Potsdam, le photographe, qui partage son temps entre Leipzig et Berlin, a tiré une impressionnante série de 39 clichés, intitulée « Endgültige Fassung der Beschlussvorlage » [version définitive de la proposition à l’examen, NDLR]. Un travail datant de 2018, mais dont l’origine remonte en fait à la réunification lorsque « la tentative d’un rapprochement précautionneux à l’image historique de la ville » devenait un des objectifs de la ville.

Dedales © Charles Burns : Cornélius 2019

Las, la sublime Fachhochschule, jadis Institut für Lehrerbildung, n’a pas résisté au temps ni à la pression immobilière. Or, surprenant paradoxe, le travail de Poller, ici présenté en grand format sans accrochage en vis-à-vis, déploie une luminosité bienvenue mettant en valeur les couches spatio-temporelles. Là, une grue géante semble esquisser un sourire. Plus que tout, la présence singulière d’un oiseau, interloqué par ce cauchemar, unique présence douce, ponctue la déambulation telle la revanche du vivant dans cet univers mortifère.

« Daniel Poller : déconstructions », jusqu’au vendredi 1er octobre, Goethe-Institut, Bordeaux (33). www.goethe.de