GASTON CHAISSAC – En Dordogne, le château de Biron revient sur le séjour effectué par ce « peintre rustique moderne » entre 1939 et 1942, dans une exposition qui réunit une quarantaine de dessins de cette période.

« Cher Dubuffet… même sans être chercheur je m’étonne qu’un artiste puisse employer toute sa vie les mêmes outils et les mêmes produits sans en avoir la nausée. » Ces mots de Gaston Chaissac (1910-1964), adressés à Jean Dubuffet en juin 1947, revendiquent une démarche qui s’accomplit dans la quête de la liberté et le refus de se soumettre à tout dogme, quel qu’il soit, y compris celui de l’art brut, auquel Dubuffet voulut le cantonner.

Refusant d’être ainsi catalogué, le natif d’Avallon (dans l’Yonne) lui opposera la désormais célèbre « peinture rustique moderne », laquelle puise son inspiration dans une vie campagnarde qui lui offre matière à expérimenter de nouvelles voies d’expression. Conduites par la spontanéité et la lucidité, ces dernières déploient un œuvre plastique et littéraire considérable qui se traduit par l’incroyable diversité des supports employés : panneaux, cartons, bois, souches, objets usagés, pierre, galets, fragments de roc, tôle, ardoise, planches, bouteilles en verre, papiers de toute sorte, osier, métal…

Issu d’une famille modeste, peu porté sur les études, Gaston Chaissac rejoint son frère à Paris, en 1934, pour tenir une cordonnerie. Là-bas, il fait une rencontre décisive : celle d’Otto Freundlich et Jeanne Kosnick-Kloss, deux artistes proches de Picasso, Braque et Delaunay qui l’initient au dessin et l’encouragent dans cette voie prometteuse.

De santé fragile, Chaissac est envoyé en 1938 au sanatorium de La Musse, près d’Évreux puis à la cité-sanitaire de Clairvivre, en Dordogne où son séjour se poursuivra de 1939 à 1942. C’est cette période d’intense création (mais aussi d’interrogations et de crise existentielle révélées par sa correspondance, prolifique) que l’exposition actuellement présentée au château de Biron choisit de mettre à l’honneur à travers une quarantaine de dessins originaux inédits. Cet ensemble est enrichi par des peintures en grand format de Gaston Chaissac ainsi que par des œuvres de Braque, Picasso, Miró, Dubuffet, Otto Freundlich, Jeanne Kosnick-Kloss et des créations d’art brut provenant du

LaM de Villeneuve-d’Ascq. De quoi mettre en perspective l’œuvre moderne de Gaston Chaissac dont la réputation s’est envolée dans les années 1970 pour atteindre la place particulière qui est la sienne aujourd’hui dans l’histoire de l’art.
Anna Maisonneuve

« L’enfance de l’art, Gaston Chaissac et la modernité »
Jusqu’au dimanche 6 novembre, château de Biron, Biron (24)
www.chateau-biron.fr