SPECTRES

Grincements mystérieux, claquements de porte inexpliqués… Pour certains, rien de suspect. Pour d’autres, il peut s’agir d’un indice qui trahirait la présence de fantômes. Dans la région bordelaise, d’aucuns ont décidé de partir à la chasse aux fantômes.

Laetitia Duvignere-Billon a une occupation peu ordinaire. Quand elle ne travaille pas en tant que responsable facturation pour un grossiste près de Bordeaux, elle chasse des fantômes dans les lieux hantés. « Par moments, c’est dégueulasse ! Une fois, j’entends quelqu’un qui me dit “Psst” derrière moi. Je me retourne et je vois un gamin avec la moitié du crâne enfoncé ! Il avait un arc à la main et la tête sur le côté. C’était affreux. »
Pour simplifier, l’exorciste compare son « don » à celui de la voyante du film Ghost : « Je vois les fantômes et je les entends », résume Laetitia.
Chaque semaine, des personnes se présentant comme des victimes de fantômes font appel à elle. Au bout du fil, les témoignages se ressemblent.
« C’est toujours le même script. Les gens entendent des bruits étranges dans leur maison, ils ont l’impression que des objets sont déplacés, ils se disputent de plus en plus régulièrement et finissent par s’isoler. » Autant de signes qui, pour Laetitia, ne trompent pas : des fantômes hantent les lieux. Pourquoi ? Ces morts seraient coincés entre le monde physique et l’au-delà, et ne seraient pas bloqués pour rien. Elle évoque deux raisons principales. L’une lugubre : les morts cherchent à se venger. L’autre frustrante : les morts n’auraient pas eu le temps de dire ou de faire quelque chose. C’est là qu’elle intervient, en prenant quelques précautions préalables. « Avant de venir exorciser et purifier, je fais des recherches pour en savoir davantage sur l’histoire de la maison ou du quartier. Je n’interviens jamais sans connaître le lieu, c’est important pour comprendre l’histoire du fantôme. »

© Patrick Tomasso / Unsplash

Sur YouTube, la chasse est ouverte

Guillaume Durieux, 47 ans, est un Youtubeur un peu spécial. Un temps dédié à sa passion pour le gaming, sa chaîne est aujourd’hui largement consacrée aux fantômes. Il faut dire que Guillaume Durieux est tombé dans le paranormal quand il était petit. « Jeune, j’ai eu l’impression d’avoir des expériences troublantes, affirme-t-il. Le surnaturel, comme tout ce qui peut surprendre ou qui est inexplicable, m’a toujours intéressé. » Guillaume étant un inconditionnel de l’émission J’irai dormir chez vous, il s’inspire de l’équipement d’Antoine de Maximy pour fixer deux caméras paluches sur lui. Filmant en caméra subjective, il emporte avec lui ses abonnés dans des châteaux ou maisons laissés à l’abandon dans la région bordelaise.


Un chasseur sachant chasser

Depuis sa première vidéo, Guillaume a parcouru du chemin. Parfois en suivant des sentiers sinueux, comme la fois où il a avoué, poussé par des révélations faites par différents internautes, avoir triché. « Au tout début de l’aventure, je n’avais pas de garde-fou. J’ai truqué une vidéo », admet-il. Après un an d’arrêt, il se remet à chasser le fantôme et rend sa démarche plus rigoureuse. « Mon travail, c’est de vérifier que quelque chose est vrai. J’essaie de trouver des phénomènes avec mes caméras et mes appareils. » Très influencé par la « zététique », souvent décrite comme l’art du doute, Guillaume se met à questionner davantage les bruits qu’il entend et autres indices étranges qu’il croise lors de ses enquêtes. Pour tenter de détecter l’activité d’un éventuel fantôme, il s’arme tantôt d’un capteur de champ électromagnétique, tantôt d’une radio, des appareils très utilisés par les amateurs de surnaturel. « J’ai remis en question l’équipement classique d’un chasseur de fantômes et une partie ne m’a pas convaincu, tranche Guillaume. Démystifier ça fait aussi partie du job. Par exemple, l’utilisation de radio pour trouver des fréquences avec lesquelles les fantômes pourraient communiquer. On a parfois l’impression que quelque chose nous répond, mais ce sont des émissions de radio. »
À mesure que sa démarche évolue, le chasseur de fantômes semble de moins en moins convaincu de leur existence. Après six ans de traque d’esprits en tout genre, il raconte avoir multiplié les expériences étranges, mais confie ne pas avoir de preuve de leur présence
L’histoire de la région étant chargée en batailles médiévales, elle serait propice aux apparitions surnaturelles, d’après Laetitia. Si Guillaume n’a toujours pas trouvé de fantôme, il juge l’emplacement tout aussi intéressant pour ce type d’enquêtes surnaturelles. « Dans le Bordelais, il y a tout un cheptel de châteaux. Après, les lieux hantés, c’est quelque chose qui s’alimente. J’ai fait une enquête dans un endroit en Gironde qui est devenu, après mon passage, un lieu connu pour les amateurs de paranormal. » Avis aux amateurs de la région.

Vincent Bresson