BARTABAS EST DANS LA PLACE

LE THÉÂTRE ÉQUESTRE ZINGARO  On compte ses venues à Bordeaux sur les doigts d’une seule main. Le revoilà avec une carte blanche pour poser roulotte et chapiteau aux Quinconces

Henriette Peplez 

Les chevaux des Girondins, figés dans leur bronze monumental, se souviennent peut-être de Bartabas, l’homme aux rouflaquettes et directeur du théâtre équestre Zingaro.

Sa première venue, c’était dans Sigma, en 1984, alors que les quais ressemblaient à une autoroute intra-urbaine. Bartabas venait tout juste de fonder ce qui deviendrait l’une des plus grandes compagnies de cirque contemporain au monde. Deuxième venue en 1994, toujours dans Sigma, avec Chimère, spectacle prophétique du futur réaménagement des quais : les chevaux tournaient autour d’un miroir d’eau placé au centre de la piste.

Depuis, impossible de programmer quoi que ce soit sur la place : elle est coincée dans une immuable alternance entre la foire aux plaisirs, le combo brocante-plantes-jambon et Arlette Grüss.

C’est donc à Bègles que Bartabas avait posé Calacas en 2013. La programmation était alors soutenue par La Cub. Les opérateurs culturels bordelais s’étaient associés pour assurer l’accueil du public et partager les frais dont l’achat massif de foin de Crau. Car oui, les chevaux du théâtre équestre Zingaro ont l’estomac sensible et prennent la meilleure herbe. Avec un tarif à 30 € la place, les métropolitains pouvaient s’offrir la sortie en famille. En 2019, dans le cadre de la saison Liberté !, les chanceux sont les détenteurs de la carte jeune. Pour les autres, il faudra débourser 43 €. Car les temps ont changé : l’installation de Zingaro est une opération quasi privée.

Revenons aux canassons qui vont débouler fin août sur la place des Quinconces chauffée au soleil. Ils seront 35 dans Ex anima, l’ultime spectacle de Zingaro, clôturant un parcours qui aura été exemplaire.

Que dire quand on pense s’arrêter ? Que dire qui n’ait déjà été dit et vu, qui forme une sorte d’apothéose du théâtre équestre ? À cette question, Bartabas ne répond pas lui-même, mais donne la parole à ses acteurs fétiches. Il fait le choix de rendre aux chevaux leur liberté. Ils ne sont plus montés, feront ce qu’ils veulent quand bon leur semble, et on les verra s’ébrouer, se rouler, gambader, dans une succession de tableaux dont ils sont les seuls peintres. Leurs noms d’ailleurs sont ceux de grands maîtres : Van Gogh, auquel il manque une oreille ; Le Tintoret, Caravage… Ici, les hommes s’effacent derrière les chevaux.

On a oublié le côté irrévérencieux et punk de l’homme aux rouflaquettes que seule sa casquette à la Peaky Blinders vient rappeler. La casquette, les deux loups et le finale : tous les soirs, Ex anima s’achèvera sur une vraie et impressionnante saillie. Comme s’achevaient ses premières créations. Les allées de Chartres et d’Orléans résonneront, au coucher du soleil, d’un coït chevalin en signe d’au revoir.

Les plus prudes d’entre nous pourront être tentés par « Les lundis de Bartabas », carte blanche à l’artiste, organisée par le cinéma Utopia : une sélection de films effectuée par Bartabas himself.

Et, pour les lève-tôt, on recommande le Lever de soleil. Marc Minkowski au basson, accompagné par le gazouillis des oiseaux, Bartabas et son percheron au boulot : il faudra deviner, dans la nuit que va bientôt effacer l’aube, les pas de l’homme, les sabots du cheval, le souffle de l’un confondu au souffle de l’autre. L’essentiel, peut-être, de ce que Zingaro cherche depuis toujours à créer : un moment unique et fragile de communion avec la nature.

Ex anima, théâtre équestre Zingaro,
du samedi 17 août au samedi 14 septembre, place des Quinconces, Bordeaux (33).
zingarobordeaux2019.fnacspectacles.com

Lever de soleil,
dimanche 25 août 2019, 5h55, parc du château des Iris, Lormont (33).
dimanche 1er septembre, 5h55, parc Sourreil, Villenave-d’Ornon (33).
www.opera-bordeaux.com

Les lundis de Bartabas,
les 19 et 26 août, les 2 et 9 septembre, Utopia Saint-Siméon, Bordeaux (33).
Amarcord, de Federico Fellini (sous réserve) ; Andreï Roublev de Andreï Tarkovski ; Mazeppa de Bartabas ; Chamane de Bartabas, suivi d’une rencontre.

Retrouvez les différents articles sur la programmation de l’Eté Métropolitain :