CLIMAT OCÉAN

À La Rochelle, l’océan est tout près. Trop près même, comme cette nuit du 27 au 28 février 2010, quand la tempête Xynthia a poussé les vagues par-dessus les quais du Vieux-Port. Depuis, la ville s’est équipée d’ouvrages anti-submersion face aux futurs assauts venus du large. Elle a subi en quelques heures la puissance destructrice de l’océan, mais a pris aussi conscience de sa fragilité.

C’est pour aider à mieux le comprendre qu’est née l’exposition interactive Climat Océan, inaugurée le 9 novembre 2019, dans un espace de 300 m2 du Musée maritime, un mouchoir de poche au regard des trois quarts de la planète qu’occupent les océans. Mais il est jalonné d’outils numériques « innovants et immersifs », imaginés par un comité scientifique trié sur le volet (biologistes, climatologues, géologues, ethnologues, historiens, etc.), de jeux de lumières, d’ateliers pédagogiques et ludiques, de vidéos et de photographies, au fil d’un parcours thématique mis en scène par Thomas Girault. Chaque pas est une avancée vers la connaissance : comment sont nés les océans, quelles menaces pèsent sur eux (pollution, désoxygénation, acidification, réchauffement climatique), quels sont les enjeux pour l’avenir de l’humanité.

N’en déplaise aux climato-sceptiques, des conséquences se font déjà sentir, comme la violence de plus en plus récurrente des tempêtes, selon qu’on les appelle « ouragan en Amérique et aux Antilles ; cyclone en Inde ; typhon en Asie ; willy-willy en Australie ». Le pire des scénarios prévoit, selon le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), une augmentation du niveau des eaux « de 30 à 98 cm d’ici à 2100 ». Un écran simule le résultat dans le chenal du Vieux-Port, pour ceux qui aiment jouer à se faire peur…

« Le but n’est pas du tout d’effrayer ou de faire culpabiliser les visiteurs. Bien sûr, il faut changer les comportements, mais on essaie de faire passer les messages avec de l’humour, ou à travers une démarche artistique », précise Guillaume Krabal, directeur du Musée maritime de La Rochelle.
Dans le domaine artistique, Climat Océan réunit un casting mondial, en témoignent les performances de la chorégraphe néo-zélandaise-samoane Yuki Kihara, de l’auteure bordelaise Sophie Poirier ou de la poétesse des îles Marshall Kathy Jetnil-Kijiner. Le Rochelais Pascal Ducourtioux, habitué à travailler avec la navigatrice Isabelle Autissier – naturellement présente dans l’exposition à travers un documentaire –, en a composé la musique.
Enfin, un « cabinet des curiosités » détourne de célèbres tableaux, à l’image du Radeau de la Méduse, rempli de réfugiés climatiques. « Les visiteurs ont deux réactions à la sortie. Ils disent avoir appris des choses sur le rôle de l’océan, comment il peut être un allié contre le réchauffement climatique, et ils sont séduits par le côté esthétique de l’exposition », confie Guillaume Krabal.

Frédéric Zabalza

« Climat Océan »,
jusqu’au dimanche 31 octobre 2021,
Musée maritime, La Rochelle (17).
climat-ocean.fr