SYLVIE BALESTRA – La chorégraphe se lance dans une création partagée avec huit séniors de 65 ans et plus, qui se parent de costumes, font rituel avec joie, classe et un sacré engagement. 
Propos recueillis par Stéphanie Pichon

Vieillesse et élégance-MoniqueChapron©Clara Rambaud
Vieillesse et élégance-Monique Chapron ©Clara Rambaud

Pourquoi avoir associé ces deux termes dans votre titre, Vieillesse et élégance 

C’était un titre provisoire, qui porte finalement vraiment le sujet de cette pièce. Vieillesse, vieux, vieille… sont des mots tabous, et cette pièce vient questionner la place d’une communauté dans notre société. Discuter avec ces « séniors », comme on dit maintenant, a confirmé mon intuition que la vieillesse était un sentiment et pas un état de fait, et une notion difficile à cerner. Quant à l’élégance, ce terme un peu désuet, mystérieux, est une façon d’être au monde, de se tenir debout, de s’affirmer, de trouver sa place. Vieillesse Parno Graszt & Bohemian Betyars et élégance part du corps de ces personnes, de leurs mobilités, passe par des étapes de transformation pour dépasser les limites de ce qu’on attend d’eux et pousser le curseur de l’élégance jusqu’à l’extravagance. Aujourd’hui ce titre, je l’affirme, et puis il a un petit côté Amour, gloire et beauté !

Vous ne rencontrez les interprètes que deux semaines avant la représentation, pourquoi ce choix ?

Nous fonctionnons de manière intensive. Vieillesse et élégance ne prend pas le format d’un atelier, et nous plongeons vraiment les personnes volontaires dans l’expérience de la création. Il y a toujours un week-end de rencontre, sous forme d’un laboratoire, puis quinze jours où nous travaillons ensemble matin et après-midi. Ce n’est pas non plus un projet participatif, je préfère le terme de « création partagée ». Même si la partition est écrite, ils élaborent la pièce avec nous, ils incarnent. Ils sont vraiment interprètes dans le sens d’un état d’exigence artistique, de qualité de présence, de coresponsabilité, de sensibilité et d’écoute.

Qu’est-ce qui a vous a surprise dans le travail avec ces personnes âgées ?

J’ai été très touchée par leur engagement, le fait qu’ils s’investissent physiquement, intellectuellement. C’est au-delà de ce que j’attendais. Et puis il y a un vrai désir de danse ! Ces personnes ont souvent beaucoup dansé dans leur jeunesse, au bal notamment. Des danses très codifiées, en couple. À un moment de notre travail de création, ils se sont mis à valser, valser, on ne pouvait plus les arrêter ! Ce tournoiement a re-convoqué une jeunesse et un vrai plaisir partagé.

Camille Auburtin, réalisatrice, vous accompagne sur ce projet et réalise de petits portraits filmés des interprètes…

Avec Camille, nous abordons des thématiques proches. Dans Les Robes papillons, le film qu’elle a fait sur sa grand-mère [qui était danseuse, NDLR], elle traite aussi cette question de l’élégance : comment continue-t-on à s’apprêter quand on est vieux ? Comment continue-t-on à prendre soin de soi dans des lieux comme les EHPAD ? Son film nous sert de rencontre inaugurale et ouvre sur ce que nous allons aborder : le corps vieillissant, la danse. Les micro-portraits qu’elle tourne ne sont pas des documentaires, plutôt des moments de danse, des fragments de gestes abordés au plateau qu’elle rejoue ensuite en solo ou à deux, chez eux. Ce sont autant des teasers pour parler du projet, – projetés par exemple au cinéma de Saint-André-de-Cubzac –, que des objets artistiques pour faire lien avec le territoire.

Vieillesse et élégance, conception de Sylvie Balestra
Vendredi 1er avril, Le Champ de Foire, Saint-André-de-Cubzac (33).
www.lechampdefoire.org
Vendredi 3 juin, 20h30, Espace d’Albret, Nérac (47).
www.espacedalbret.fr