MATHILDE BONICEL Musique, voix, danse. La toute jeune chorégraphe, installée à La Rochelle, explore la figure du chef d’orchestre dans son premier solo, en création, Scappare. En attendant la première en mars, à Bordeaux, on la retrouve dans la pièce de Flora Détraz, Muyte Maker
Propos recueillis par Stéphanie Pichon

Vous partagez avec Flora Détraz une même formation, mais aussi un penchant pour les relations entre voix et mouvement. Elle est d’ailleurs regard extérieur sur votre premier solo Scappare. Quelle est l’importance de cette rencontre dans votre parcours ?

Nous nous sommes rencontrées au CCN de Rillieux-la-Pape, à l’époque dirigé par Maguy Marin, où nous avons suivi la même formation « De l’interprète à l’auteur », qui a été fondamentale dans mon parcours. Ensuite, Flora est allée au Portugal faire la formation Forum Dança à Lisbonne, que j’ai faite moi aussi, quelques années plus tard, sur un temps plus court. Depuis, on a collaboré et travaillé ensemble sur Muyte Maker mais aussi Glottis. C’est vrai que ce parcours un peu similaire nous a donné des bases communes fortes. Nous avons aussi toutes deux un attrait pour la musique. Moi je viens d’une famille de musiciens et de chanteurs, et j’ai un parcours en violon au conservatoire et en chant. Flora a aussi un lien fort avec la musique de par son entourage familial. Dès son premier solo, elle a travaillé la voix comme matière, au même titre que le reste du corps.

Cette relation entre mouvement et voix fera aussi partie de votre première création…

Pour moi le rapport à la voix est très simple, c’est un outil qui fait partie de mes façons de faire, de jouer. Cela donne au corps comme plus de profondeur ou d’épaisseur. Tout de suite, un autre paysage se dégage quand il y a de la voix et du son. Pour moi, c’est très naturel.

Scappare explore la figure du chef d’orchestre. Comment allez-vous relier la musique et le geste dans ce solo ?

J’ai tout juste commencé à travailler avec une créatrice sonore, pour mettre en avant tous les sons qui ne sont pas importants autour du chef d’orchestre : la préparation des musiciens, l’arrivée du chef sur scène, les sons de pupitres, les sons environnants… Il y aura aussi des sons d’instruments que j’ai envie de composer avec la créatrice sonore, des sons en lien avec les mouvements.

Cette figure du chef d’orchestre est aussi très solitaire. Est-ce que c’est un aspect qui vous intéressait ?

Oui, cette solitude du chef face à un groupe et dos à un autre, seul sur son petit promontoire, avec sa baguette, je la trouve très étonnante. Il est à la fois seul, et dans le même temps c’est lui qui dirige. Est-ce qu’il entre en transe à un moment ? Les sons et la musique ne finissent- ils pas par l’hypnotiser ? Je sais bien que non, mais c’est ça que me donnent à voir et rêver les chefs d’orchestre.

Vous avez été formée au conservatoire de La Rochelle où vous êtes revenue vivre après votre formation. Aujourd’hui, vous passez d’interprète à auteure-chorégraphe, comment se passe ce basculement ? Comment êtes-vous accompagnée ?

J’ai 34 ans, j’ai commencé la danse assez tard, et suis devenue interprète à 25 ans. J’avais besoin de passer par cette place pour prendre confiance et pouvoir créer. J’ai pu commencer à travailler ce solo pendant le premier confinement. J’ai d’abord eu une résidence de deux semaines à la chapelle Saint-Vincent, que m’a mise à disposition la Ville de la Rochelle. Puis la Manufacture CDCN m’a accompagnée, et les temps de résidence se sont succédé. Il y a eu l’Horizon à La Rochelle, il va y avoir la Métive en Creuse, Honolulu à Nantes, l’Avant-Scène
à Cognac, et un dernier temps à Bordeaux avant la création. Depuis la rentrée, je suis en compagnonnage itinérant avec la Manufacture CDCN, dans le cadre du plan de relance de la DRAC, comme deux autres artistes de la région. Sur les trois compagnies, c’est moi la plus jeune, j’en suis au tout début ! C’est un soutien financier, mais aussi de mise en place de réseaux. Je ne suis ni directrice de théâtre, ni administratrice, ni chargée de production, je ne connais pas cet aspect-là du métier. Toute seule, cela m’aurait pris beaucoup plus de temps !

Muyte Maker, de Flora Détraz, mercredi 8 décembre, 20h, Scappare, de Mathilde Bonicel, mardi 22 mars 2022, 20h,
La Manufacture CDCN, Bordeaux (33). www.lamanufacture-cdcn.org