S’il invite à nouveau des artistes qui ont marqué son histoire (Philippe Herreweghe, l’ensemble Correspondances…), le rendez-vous quinquagénaire cherche surtout à rester fidèle à son esprit de découverte en programmant des musiciens émergents et en faisant jouer des œuvres moins courantes.

« Le festival de Saintes est né dans un esprit un peu baba cool ; les scènes étaient parfois montées à l’arrache », rigole Stephan Maciejewski, directeur artistique. C’était il y a 50 ans, à une époque où les musiques dites « anciennes » étaient abordées comme un espace de découverte et de liberté par une génération d’artistes marqués par Mai 68 et fuyant l’académisme classique. La petite commune de Charente-Maritime a reçu la plupart d’entre eux : William Christie, Jordi Savall, Philippe Herreweghe, qui, devenu directeur artistique, a élargi la programmation à la musique romantique.

Jusqu’à l’arrivée d’ensembles comme Pygmalion ou Correspondances qui abordent les répertoires baroque et Renaissance « sans quête d’une authenticité fantasmée, avec une plus grande diversité esthétique, salue Stephan Maciejewski. La technique instrumentale a elle aussi évolué. Avant on serrait parfois les fesses en redoutant les couacs » !

Du 16 au 23 juillet, le festival rendra hommage à cet héritage, mais en cherchant avant tout à en célébrer l’esprit de découverte. Bien sûr les piliers sont invités. Philippe Herreweghe dirigera Strauss et Brahms le samedi 23. Correspondances et la mezzo-soprano Lucile Richardot évoqueront la musique à la cour de Charles XI de Suède (1655-1697) le dimanche 17. Pierre Hantaï jouera Bach dans les transcriptions de Gustav Leonhardt le lundi 18.
Toutefois, les talents prometteurs sont aussi très présents dans la trentaine de rendez-vous proposés. On pense à Simon-Pierre Bestion et son ensemble La Tempête, qui joueront Dvorak et Scarlatti en alternance (!) le jeudi 21. Ou à l’ensemble Graindelavoix, qui chantera Gesualdo le vendredi 22.

L’idée est aussi de faire entendre des œuvres et/ou des compositeurs qu’on n’entend pas tous les jours : Karl Friedrich Abel, élève de Johann Sebastian Bach, deux musiciens que l’épatante Lucile Boulanger jouera à la viole de gambe le dimanche 17 ; Lawes et Locke, compositeurs anglais à la charnière entre Renaissance et baroque, par l’ensemble Près de votre oreille le jeudi 21.

Finalement, les musiques anciennes forment grosso modo les deux tiers de la programmation, avec des œuvres de Bach jouées quasiment tous les jours. « C’est dans l’ADN du festival. On ne peut pas passer à côté d’une inventivité aussi exceptionnelle. » Quitte à l’associer à Chostakovitch, comme le fera la soprano Dorothee Mields le vendredi 22. Un voyage dans le temps qu’on retrouve dans la musique d’Arvo Pärt, au croisement d’influences médiévales et contemporaines, que l’ensemble Ars Nova fera entendre le lundi 18, à côté de pièces de Stravinsky et Ives.

Saintes vibrera ainsi tous les jours de 13h à minuit. Et même dès 10h30 puisque des petits déjeuners avec les artistes sont programmés tous les matins à l’abbaye aux Dames. Un reste de l’esprit de 1972.

Festival de Saintes
Du samedi 16 au samedi 23 juillet, Abbaye aux Dames, Saintes (17)
www.abbayeauxdames.org